Austérité européenne : des lendemains qui chantent pour l’extrême droite ?

Rédigé le 1 décembre 2012 par: Amandine Kech

La montée du nazisme au lendemain de la grande dépression ou la récente radicalisation de la droite en Hongrie nous le rappelle : le marasme socio-économique est un terreau fertile pour la haine. En période de crise, on veut pouvoir désigner les boucs émissaires. Xénophobie, racisme, sexisme,… deviennent alors d’autant plus concrets. La situation grecque en est un funeste exemple. En cette époque d’austérité élargie à toute l’Europe, resserrons les rangs autour de la lutte contre les discriminations !

FIDESZ, Aube dorée, des phénomènes prévisibles !  

En avril 2012, une analyse[1] de BePax posait la question de possibles dérives extrémistes des mouvements populaires en Grèce, sur base de l’exemple de la Hongrie.

En effet, en 2010, les Hongrois avaient élu à plus de 53 % des votes un parti de droite nationaliste, le FIDESZ. Cette élection d’un parti autoritariste semblait le choix d’une population affaiblie par trois décennies de transition d’un système communiste vers le capitalisme, marquées notamment par le chômage, l’inflation et donc l’insécurité.

En Grèce, la population voyait alors son niveau de vie dégringoler depuis deux ans, à coup de baisse de salaires et d’augmentation des taxes et des impôts. Le parti Aube dorée, dont les références sont explicitement celles de l’extrême droite[2], prenait alors de l’importance. La probabilité était grande de voir les grecs réagir de la même manière que les hongrois au moment des élections, c’est-à-dire de se tourner vers une droite radicale pour trouver des solutions à leurs problèmes socio-économiques.

L’hypothèse a pris corps en mai 2012. Aube dorée entrait effectivement au Parlement grec avec quasiment 7 % des voix. Aujourd’hui, un programme néo-nazi, fondé entre autres sur la différence raciale, s’installe ainsi au cœur de la démocratie hellénique, creuset historique de notre système politique européen.

BePax appelle à la vigilance : s’informer et ne pas rester insensible à ce qui se joue chez nos voisins. Des journalistes et des membres de la société civile de toute l’Europe nous interpellent : Aube dorée n’est que la partie émergée de l’iceberg. Violences xénophobes, intimidations, collusions policières, démission de la démocratie constitue le quotidien des Grecs. Ils relatent des faits de grandes violences liés à Aube dorée notamment dans les rues d’Athènes mais aussi par exemple, dans les écoles[3]. La situation hongroise n’est guère plus encourageante.

Tant en Grèce qu’en Hongrie, il n’est nul besoin de beaucoup d’imagination pour comprendre que les pertes massives d’emploi, les baisses drastiques de salaires, les contrats désormais précaires ont profondément bouleversé les citoyens. Dans ces situations pénibles, les électeurs ont cherché à sanctionner ceux qu’ils tenaient pour responsables de la crise, à leurs yeux inféodés aux pouvoirs européens. Puisqu’ils ne faisaient plus confiance aux partis démocratiques, ils se sont tournés vers les partis radicaux, ceux-là qui proposent des solutions simplistes, dont entre autres, la désignation de bouc émissaires.

Une sonnette d’alarme en ces temps d’austérité européenne

Confrontés à ces exemples hongrois et grecs récents, sans même rappeler les précédents du nazisme dans l’Allemagne des années 30’,  peut-on ignorer qu’une situation socio-économique en crise fait partie du terreau qui mène aux discriminations et à la violence ? Qu’en est –il pour l’Europe entière ?

Afin de diminuer les déficits et les dettes publiques, la classe politique européenne annonce être dans l’obligation de diminuer les dépenses publiques ou d’augmenter les recettes. En Belgique, si nous avons évité en 2013 des mesures comme le gel de l’indexation ou la hausse de la TVA, des économies dans les dépenses publiques seront réalisées en remplaçant très peu de départ de fonctionnaires et en économisant 710 millions d’euros sur la Sécurité sociale.

Pour la classe dirigeante d’Europe, le modèle semble actuellement celui de l’Allemagne, dont la dette est limitée et les exportations se portent bien. On oublie cependant de mentionner qu’elle y est parvenue notamment en démantelant son modèle social, rappelle la FGTB[4]. L’assurance chômage est limitée à 12 mois : les travailleurs sont obligés d’accepter des emplois sous-payés et précaires. 15 % des emplois en Allemagne sont aujourd’hui rémunérés à 400 euros par mois.

Si les pays européens tendent petit à petit vers l’austérité et vers le modèle allemand, il est fort à craindre que ces régressions sociales déstabilisent profondément les citoyens. Ils risquent alors, comme en Grèce ou en Hongrie, de chercher des solutions auprès des partis nationalistes, autoritaires voire d’extrême droite.

A l’heure actuelle, il est fort peu probable que des néonazis déclarés recueillent les voix des électeurs ailleurs en Europe. Par contre, dans toute l’Europe, des partis de droite radicale ont intégré des membres aux passés douteux et prônent des idées populistes. On pense bien sûr au Front National de la famille Le Pen, mais aussi par exemple au Parti du Progrès en Norvège, au Parti Populaire danois.

Chez nous, n’oublions pas que des dizaines de membres du Vlaams Belang ont rejoint récemment la N-VA. Et en Belgique francophone, si les scores de la droite nationaliste sont minimes, ils ne reflètent pas les discours xénophobes et les craintes exprimés en dehors du système électoral : la polémique du sapin de Noël de la Grand-Place de Bruxelles en est un exemple frappant.

Crise économique : les minorités comme boucs émissaires

La crise socio-économique actuelle peut être imputée à de nombreux facteurs comme la dérégulation des marchés, la spéculation financière mondiale, l’endettement illégitime de certains Etats, la faillite de banques telles que Dexia,… Ces arguments ne sont pas décortiqués par ces partis populistes de droite. Un bouc émissaire revient sans cesse dans la bouche des élus de ces partis : l’étranger.

Selon ces discours, l’immigration est la cause de nombreux maux : dépenses publiques démesurées, insécurité, perte de l’identité nationale : les migrants seraient plus à même de déstabiliser nos finances que les marchés mondiaux qui brassent des milliards de dollars ! C’est le fardeau de tous les boucs émissaires à travers les âges : endosser les problèmes d’une société afin de la soulager de ses tensions internes.    

Actuellement, il est en effet plus facile de s’en prendre aux boucs émissaires que de se pencher sur la finance internationale.  Ainsi, selon le groupe auquel on s’identifie, les crises de nos sociétés occidentales sont plus aisément imputables aux Roms, aux musulmans, aux homosexuels, aux femmes, aux juifs, aux chômeurs…

En effet, l’identité d’un bouc émissaire peut varier mais correspond généralement à quelques caractéristiques. Il doit être différent du groupe auquel on s’identifie ou du groupe dominant,  mais suffisamment proche pour pouvoir l’identifier aisément. On doit pouvoir mettre son innocence en doute et lui assigner des caractéristiques extrêmes comme la pauvreté, la laideur, la faible éducation, la fainéantise, …

Comment lutter contre les discriminations ?

Une première piste peut être, face aux crises socio-économiques, de se responsabiliser et d’identifier les dysfonctionnements au cœur même de nos systèmes. Un moyen pour cela est de confronter le discours dominant avec d’autres sources, lesquelles analysent la complexité de la globalisation économique, des évolutions politiques ou encore des idéologies.

Si l’on adhère à l’hypothèse selon laquelle l’austérité pourrait devenir le terreau fertile d’une nouvelle vague de haine en Europe, posons-nous la question : l’austérité est-elle l’unique voie empruntable pour nous sortir des crises, comme le prétend actuellement la classe politique européenne ?

Il est important enfin de continuer à examiner avec rigueur les stéréotypes véhiculés sur les minorités afin de les confronter à la réalité statistique et à celle du terrain. C’est une manière de lutter individuellement et collectivement contre les discours extrémistes.

 


[1]http://bepax.org/publications/analyses/hongrie-et-grece-la-democratie-en-questions,0000340.html

[2] Voir le dossier « La Grèce, l’aube dorée de l’extrême droite  paru sur www.resistances.be», l'Observatoire belge de l'extrême droite.

[3] Voir sur le site www.lalibre.be, les articles « La police accusée de collusion avec Aube dorée » mis en ligne le 29/11/2012 et « Les néonazis grecs prennent le chemin de l'école » mis en ligne le 06/12/2012.

[4] Voir l’encadré « Le « modèle allemand » n’est pas la solution mais le problème » du magazine Syndicats n° 19 de la FGTB, 16 novembre 2012.

 

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