« Complosphère » et « Dissidence », le triomphe de la posture

Rédigé le 27 février 2015 par: Marie Peltier

Le succès des discours conspirationnistes et antisémites sur le net interpelle et inquiète. Sous des détours de « discours alternatifs » et de « liberté d’expression », la nébuleuse complotiste remet au goût du jour les discours d’inspiration fasciste, en ce sens qu’elle remobilise les discours totalitaires, xénophobes, populistes et négationnistes, jouant sur l’émotion collective et sur le pouvoir de fascination qu’elle exerce auprès de ses adeptes et de ses détracteurs.

A l’origine de cet élan réactionnaire, il y a sans nul doute une crise de confiance majeure des citoyens : dans les médias, dans le discours politique, dans la perspective d’un essor économique, et plus largement dans la société qui les entoure. Et si les gens s’identifient à ce discours à des degrés divers – un peu, beaucoup ou totalement – et pour des raisons différentes, il reste une réalité : il  s’agit d’un retour en force des idées opposées à l’émancipation sociale, et d’une menace pour le combat démocratique et progressiste. 

Mais pourquoi un tel succès ? Sur quelles vagues cette « nouvelle » extrême-droite surfe-t-elle ? Sur quelle mythologie, quelles croyances, quels postulats de base, quels  fondamentaux, ce système de pensée, s’autoproclamant « dissident », s’est-il érigé ? Sur quoi cette mouvance s’appuie-t-elle pour construire, fonder son discours ? Tentative de décryptage.

Nous analyserons d'abord ce que nous avons appelé la mythologie de la dissidence pour nous pencher ensuite sur le sens de cette fameuse posture anti-système, sur les publics les plus touchés et pour terminer par les raisons qui nous amène à être critique sur ce phénomène. 


Il est à noter que de nombreux éléments que nous développerons dans cette analyse sont aussi transposables à l’extrême-droite islamophobe. Quelqu’un comme Eric Zemmour, par exemple, surfe abondamment sur les éléments sémantiques et langagiers que nous développerons dans ces pages. Il s’agit donc d’un climat général de montée des haines et des discours réactionnaires, qui dépasse les frontières de la mouvance que nous évoquons.


A. Mythologie de la « dissidence »

Avant d’entrer dans l’analyse de l’idéologie véhiculée par la « complosphère », et afin d’en saisir le ressort rhétorique et la matrice sémantique, il importe d’identifier deux postulats massifs, véritables bulldozers de la pseudo « pensée dissidente »:

1) Tout serait (re)questionnable : partant du principe illusoire que l’on ne pourrait plus rien croire que l’on aurait soi-même vérifié (cfr crise de confiance pré-citée), ce système de pensée conduit à considérer toute information comme étant a priori – au moins hypothétiquement –  un « leurre » ou une « manipulation ». Il conduit dès lors ses adeptes à se tenir à l’écart des travaux des historiens, des journalistes, des chercheurs universitaires, des militants « reconnus » pour les conduire vers des réseaux et une littérature prétendument « dissidente »  qui, paradoxalement, les replacent dans la position suiviste et moutonnière dont ils sont persuadés de s’affranchir. Cette dynamique maintient en réalité l’individu dans une position fébrile, voire anxiogène : étant par définition incapable de « refaire l’histoire » par lui-même, l’adepte est conduit, en réponse à cet inconfort, à suivre la rhétorique confusionniste (cfr plus bas) et régulièrement négationniste qui lui est proposée, se voyant transformé malgré lui en « objet » d’endoctrinement. Cette dynamique se nourrit d’un ressort sectaire sur lequel nous reviendrons, qui place l’adepte dans une position de rupture vis-à-vis des réalités qui l’entourent.

2) La liberté d’expression serait à l’inverse un « dogme » inquestionnable : se présentant comme digne héritière de Voltaire, la « dissidence »  met abondamment en avant le fait que la société ne devrait refuser ou limiter aucun discours, fût-t-il considéré comme raciste, haineux ou négationniste. A cette fin, elle remobilise à outrance le concept de la « censure », considérant  abusivement comme telle toute limite ou entrave à sa « liberté de parole ». Sa marginalisation au sein de la société nourrit chez ses membres la conviction d’être des victimes, voire des « persécutés », les renvoyant à cette fameuse posture « anti-système »: toute parole critique à leur égard est d’emblée rejetée, sous prétexte qu’elle serait le fruit d’un « système » censeur et liberticide, croyance-épouvantail faisant barrage à toute possibilité d’écoute, de dialectique et de remise en question. Là aussi, la logique sectaire se met en place : toute parole critique est directement discréditée.

B. La posture « anti-système », ou les contours d’un néo-fascisme

Au-delà des postulats rhétoriques, la « dissidence » s’attache surtout à nourrir une posture, qui s’est peu à peu imposée comme véritable marqueur identitaire, signe d’appartenance et de ralliement d’une « rebelle attitude» factice et montée de toute pièce. Pour exister, cette posture se nourrit des ressorts tristement « classiques » de la pensée fasciste, qu’elle remet au « goût du jour ». On peut résumer les mécanismes de l’identification « anti-système », qui correspond à une dynamique néo-fasciste, de la manière qui suit :

1) Ressort paranoïaque : véritable moteur de l’univers de la « dissidence », la rhétorique du « complot », nourrissant le mythe d’une dynamique organisée au sein de la société qui nous entoure, intrinsèquement mensongère et intentionnellement nuisibleest omniprésente dans les discours. Avec son corollaire de « concepts-valises », aux contours non-définis, tels ceux de « système », de «finance », de « media-mensonges », de « lobby sioniste », de « politiquement correct », de « prêt-à-penser » ou encore de « bien-pensance », elle conduit son auditeur à une attitude de défiance systématique vis-à-vis des réalités qui l’entourent et, à l’inverse, à une confiance aveugle en ce qu’on lui présente comme grille de lecture « alternative ». Cette dynamique très similaire, comme nous l’avons évoqué, au recrutement sectaire repose sur un fonctionnement de type paranoïaque : lecture binaire et presque mythologie (nous sommes dans le camp du « bien » et nous combattons un « mal » commun), imaginaire magique et déconnecté du réel (cfr mythes de « sociétés secrètes », de lobbys prétendument tout-puissants), dépossession par l’individu de son pouvoir d’action au sein de la société puisque celle-ci serait intrinséquement le fruit d’un leurre. Elle conduit l’adepte à imaginer un ressort « caché » derrière toute image, tout discours, toute parole émanant du prétendu « système » et donc à s’écarter de tout ce qui pourrait contredire son univers ré-enchantant. Elle explique par ailleurs l’attrait qu’elle exerce auprès de jeunes en manque de repères : elle donne une clé de lecture simple et manichéenne à un réel pourtant complexe, renvoyant le « mal » à l’extérieur d’eux-mêmes, les assignant ainsi au confort, mais aussi à la servitude, d’une position victimaire.

2) Ressort confusionniste : semant chez  ses adeptes un doute profond vis-à-vis des travaux de la recherche scientifique, journalistique et citoyenne, l’univers de la « dissidence « , se présentant comme une « alternative », recourt abondamment à une rhétorique confusionniste, en ce sens qu’il entretient une forme de pensée syncrétique, empêchant l’individu, noyé dans des références contradictoires, de se positionner et d’analyser comme sujet agissant. A cette fin, cette nébuleuse multiplie les recours à des univers symboliques différents, voire opposés, s’identifiant tantôt à des figures ou des idées de la gauche, tantôt de la droite, empruntant tantôt au libéralisme, tantôt au socialisme, se revendiquant tantôt du nationalisme, tantôt de l’internationalisme, etc.  Elle prétend ainsi être une sorte de « synthèse », un projet de « réconciliation » illusoire, qui sous-entend qu’on pourrait évacuer les tensions inhérentes à la vie en société. Perdu dans un dédalle de références contradictoires, à qui la « dissidence » prétend redonner un « sens commun », l’individu est ainsi balancé au milieu d’une suite de discours épars, de vidéos, d’articles, de citations, de « livres recommandés », qui le conduisent à substituer une position d’ « internaute pseudo-rebelle » - en fait éminemment moutonnier – à celle d’un citoyen engagé dans la vie politique et citoyenne.

3) Inversion des réalités : en semant cette confusion dans les esprits, la « dissidence »  utilise une technique bien connue de l’extrême-droite et des courants fascistes, celle de l’inversion des réalités : prônant la « paix » à cours d’un discours violent et régulièrement vulgaire et injurieux, prétendant à la « réconciliation » alors qu’elle sème la division communautaire et méprise ses opposants, revendiquant l’ « égalité » alors qu’elle nourrit de manière obsessionnelle la désignation de bouc-émissaires, s'appropriant l’ « antiracisme »  alors qu’elle puise en continu dans tout le registre terminologique et sémantique de l’antisémitisme « traditionnel », prétendant à la « lutte » alors qu’elle ne propose rien en termes d’engagement sociétal, se plaçant du côté de la « résistance » alors que son discours est éminemment conservateur et réactionnaire, elle conduit à biaiser profondément la perception qu’ont ses adhérents des enjeux sociaux actuels. Combattre le « système » au nom de l’ « égalité universelle » reviendrait donc à se délester des « sionistes », des « libertaires », de la « finance » (désignée comme « juive »), de la « féminisation » et avec elles des féministes, des militants homosexuels, des antiracistes,etc. Sur l’autel de cette pseudo-dissidence, à la fois « victime » et « sauveur », se fomente ainsi un rejet de la société et des valeurs progressistes, et une refonde des discours fascisants.

4) Triomphe de la posture : en filigranes de ces différents mécanismes,une évidence, la rhétorique « anti-système », en guise de proposition, se contente essentiellement de nourrir délires et fantasmes en vase clos. Le combat social et politique est réduit à peau de chagrin, puisque considéré comme perdu d’avance  dans un « système » par essence mensonger, essentialisé, contournant ainsi toutes les tensions qui traversent et animent la société. La critique nécessaire des injustices sociales est remplacée par une « quenelle », geste très ambigu et historiquement chargé, qui n’exprime rien d’autre qu’une haine et un rejet. Le jeune  « dissident » se perçoit comme hautement subversif, passant ses journées à s’abreuver de vidéos sur internet, d’articles et de livres douteux, consentant en réalité à un discours d’extrême-droite certes « re-lifté », mais extrêmement lisible dans ses fondamentaux fascistes et réactionnaires. Au final donc, la posture efface la lutte, ce qui contribue au maintien des logiques d’injustice et d’oppression qu’elle prétend combattre. Ce n’est donc pas à « l’égalité et la réconciliation »   –  pour paraphraser le site de Soral – que l’adepte est conduit, mais plutôt à sa propre marginalisation, meilleure alliée du maintien des inégalités socio-économiques, ethnoculturelles et politiques.

C.  Un même discours, des publics divers

Quels sont les « publics-cibles » auprès desquels ces discours font sens ?

Loin de former un bloc homogène, les fans de la « dissidence » viennent de milieux socio-économiques, politiques et culturels divers. Se rassemblant autour de la posture pré-citée, à la fois ciment et marqueur d’appartenance, celle-ci vient répondre à des parcours et malaises divers, qu’on pourrait schématiquement présenter comme suit, certains profils pouvant se situer au croisement de plusieurs de ces catégories :

1) Réseaux d’extrême droite antisémite et homophobe : une partie du public de la nébuleuse soralienne est clairement reliée au parcours personnel de ses figures de proue dans les réseaux d’extrême droite « traditionnelle » et aux liens de la « dissidence » avec le Front National français, dont Soral fut membre actif et Dieudonné sympathisant. Jean-Marie Le Pen tient d’ailleurs désormais tribune sur le site de « égalité et réconciliation ». Une partie de ce réseau a été récemment re-mobilisé à l’occasion des débats autour de la question du mariage homosexuel et de la prétendue « théorie du genre », question à laquelle les milieux religieux réactionnaires, proches de l’extrême-droite, sont particulièrement sensibles et facilement mobilisables.

2) Réseaux « anti-impérialistes », « anti-sionistes », « anti-colonialistes » : une autre part importante des soutiens de la « dieudosphère » est issue des réseaux de gauche qui ont fait de leur opposition à la politique américaine et israélienne la matrice principale – et obsessionnelle – de leur discour. Ces réseaux, mobilisant à outrance les ressorts mémoriels liés à notre passé colonial et esclavagiste, sont généralement enclins à soutenir les dictatures et régimes autoritaires se revendiquant de l’ « anti-impérialisme » (Russie, Iran, Syrie, etc.), régimes desquels Alain Soral, Dieudonné ou encore le conspirationniste Thierry Meyssan se disent ouvertement les défenseurs. C’est ainsi que la cause palestinienne est abondamment instrumentalisée pour porter aux nues certains de ses prétendus défenseurs. Ces réseaux, convaincus que le combat de la prétendue dissidence est mené au nom de la justice, deviennent ainsi la proie d’autres intérêts géopolitiques et financiers, au service d’autres oppressions.

3)  Minorités ethno-culturelles au sein de la société : certaines minorités ethno-culturelles, se sentant discriminées, non-reconnues, rejetées par la société qui les entoure, s’identifient aux deux réseaux pré-cités, tantôt pour certaines raisons « religieuses » (thématiques liées à la famille, à la sexualité), tantôt pour des raisons historiques et identitaires (thématiques liées à la colonisation, à l’esclavage, à la question palestinienne). Dieudonné par exemple, étant lui-même issu d’une minorité, instrumentalise abondamment cette origine pour se présenter comme le « défenseur des opprimés », avec un ressort victimaire omniprésent dans son discours. Ces minorités perçoivent ainsi leur identification à la « dissidence » comme une manière de prendre leur revanche sur un passé et un présent discriminant, ou comme une manière de s’affirmer au sein de la société, alors que paradoxalement ce positionnement ne fait qu’y renforcer leur marginalisation, voire leur exclusion. 

4) Génération « tout est acquis » donc « tout est permis » : constituant une bonne part des troupes des « fans » soraliens, il y a aussi la jeune génération, celle qui vit une rupture mémorielle à l’égard de la deuxième guerre mondiale (devenant trop éloignée après 3 générations), convaincue que les idées ne sont plus un danger pour la paix et le vivre ensemble. Cette jeunesse  tend à présenter la « liberté d’expression » comme un droit absolu, oubliant les raisons pour lesquelles le législateur a fait le choix d’interdire l’incitation à la haine et le négationnisme. Comme si certaines paroles n’étaient plus en soi des actes de violence. Comme si répandre des idées racistes relevait de la simple « opinion ». Ces jeunes sont en réalité pris dans un piège assez paradoxal : convaincus d’avoir un esprit critique aigu, persuadés d’exercer leur liberté d’expression, ils sont en réalité les proies de discours d’extrême-droite, réactionnaires et racistes.

5) Génération perdue devant un réel trop complexe et/ou trop douloureux : en filigranes des différentes catégories pré-citées, et de manière très marquée chez les jeunes (ou moins jeunes) issus de l’immigration et/ou en situation de fragilité socio-économique, il y a aussi cette génération égarée devant un monde devenu multipolaire, où les enjeux sont multiples, complexes et souvent contradictoires, et duquel une partie d’entre nous se sent irrémédiablement exclue. L’impression que le monde se fait « à nos dépens », toujours au bénéfice de quelques-uns ; que quoiqu’il arrive, nous sommes montrés du doigt, désignés comme coupables, stigmatisés, alors que nous nous sentons avant tout des victimes ; que le monde qui nous entoure devient souvent trop confrontant, brut, douloureux. La « dissidence » et son lot de réponses toutes faites, clés sur porte, vient dès lors comme une tentative de ré-enchanter l’infâme, l’insupportable, de retrouver un sens unifié à des réalités éparses ou incompréhensibles, de se délester illusoirement d’un sentiment de culpabilité, de lourdeur, d’écrasement. L’adepte a dès lors l’impression de se « libérer », alors que c’est bien à une logique d’asservissement et d’escroquerie qu’il est en train de souscrire. Devant le réel cru, la rhétorique du complot, en prétendant trouver un « sens caché » derrière toute réalité, donne ainsi l’illusion – le plus souvent de manière très provisoire – d’un monde plus supportable , dans lequel on pourrait retrouver « prise », reprendre pied.

D. Quelles critiques fondamentales ?

Au-delà de l’analyse de la dynamique de la « complosphère », il convient également de formuler quels en sont les principaux écueils et les véritables dangers. Car s’il s’agit bien d’un système de pensée fasciste, c’est que la dynamique « anti-système » est génératrice de réels risques pour le vivre-ensemble. Il ne s’agit pas seulement de « cyber-rebelle-attitude », mais d’une logique qui propage la division et la haine au quotidien, dans les écoles, sur notre lieu de travail, dans nos réunions de famille. Face à ce constat, il importe donc de se positionner. On peut esquisser les principales critiques à opposer à cette nébuleuse, de manière non-exhaustive, de la manière suivante :

1) Déresponsabilisation et logique de boucs-émissaires : l’une des critiques fondamentales à opposer à cette nébuleuse est celle du langage de victimisation et de déresponsabilisation omniprésent, qui conduit ses adeptes à déserter l’engagement citoyen pour s’abreuver passivement de discours les condamnant à l’impuissance. Parallèlement à ce ressort, il n’y a jamais recherche de solutions, jamais de propositions concrètes d’ordre militant, mais toujours désignation de boucs-émissaires : les « média-mensonges », les juifs, la franc-maçonnerie, le lobby gay, les féministes, etc. Nous sommes là au cœur de la rhétorique d’incitation à la haine : la « solution » consisterait en fait à faire « disparaitre » les ennemis désignés, sources de tous les maux. On retrouve ici la matrice classique des discours racistes et fascistes.

2) Concurrence victimaire et mémorielle : pour faire sens et trouver écho à un niveau émotionnel chez ses adeptes, la « dieudosphère » entretient en permanence une concurrence entre victimes et entre mémoires. Mémoire de la colonisation versus mémoire de la shoah. Victimes noires et arabes versus victimes juives. Religions catholique et musulmane versus religion judaïque. Là est une deuxième critique fondamentale : elle divise les luttes et les oppose. Elle tend à faire croire que lutter pour être reconnu(s) doit se faire au détriment d’un autre groupe. Sous prétexte d’égalité, elle ré-établit une hiérarchie des souffrances et des appartenances. Sous prétexte de réconciliation, elle oppose les victimes les unes aux autres. Ce faisant, elle délégitime les justes combats pour que certaines communautés et certaines mémoires soient plus reconnues et mieux entendues.

3) Idées d’extrême-droite véhiculées : une des critiques centrales à l’égard de ces réseaux conspirationnistes est évidemment que toute la rhétorique utilisée l’est au service d’idées de l’extrême-droite « classique » : les références antisémites, négationnistes, homophobes, misogynes, et anti-démocratiques sont omniprésentes. Dans ses « conseils lecture » à ses adeptes (vidéos de plusieurs dizaines de minutes où il donne ses recommandations pour une série de bouquins la plupart du temps commercialisés, bien entendu, par sa propre maison d’édition), Alain Soral vante les mérites de toute la littérature de « l’antisémitisme traditionnel », négationniste, et réactionnaire (notamment sur toutes les questions liés aux femmes et à la sexualité). Là est certainement le cœur du danger de cette mouvance sectaire : le « gourou » recommande une littérature prétendument « dissidente », alors qu’elle est « simplement » issue du fascisme « classique », dont nous connaissons toutes les terribles conséquences dans notre histoire.

4) Logique mercantile : un des grands mensonges de la dissidence est de feindre une logique désintéressée, altruiste, alors que l’intérêt mercantile est omniprésent. Certaines vidéos sont payantes, les appels aux dons sont omniprésents (avec un réel chantage commercialo-affectif : « nous avons besoin de vous », « nous sommes encore attaqués en justice »), les sites de vente directement reliés à la « complosphère » pullulent, vendant des bouquins, des kits de survie, des gadgets divers. La dénonciation des intérêts des « puissants » occulte tout à fait la dynamique intéressée des leaders de la « dissidence ». Pas une vidéo de Dieudonné ou de Alain Soral par exemple où il n’y ait pas d’incitation mercantile explicite. Le capitalisme et le « système » sont dénoncés à des fins sommes toutes très liées au capital, foncièrement commerciales, l’inversion des réalités étant, là aussi, un moteur rhétorique décidemment puissant. 

5) Evacuation de la lutte sociale : le cœur du problème de la « dissidence », c’est qu’elle entretient un discours in fine désespérant, qui renvoie son adepte à un sentiment d’impuissance. Le « système » étant présenté comme dirigé en secret par quelques élites inatteignables, qui nous voudraient foncièrement du mal, elle rend l’adepte démuni, le coinçant dans une posture victimaire et pseudo-critique  qui en réalité le fige dans une posture statique, où il se retrouve inopérant. La nécessaire lutte sociale, l’engagement militant et citoyen sont remplacés par une « quenelle », par des sorties verbales hautement rebelles devant les copains et la famille, par des heures passées devant son ordinateur à lire et à commenter des articles, par des trips existentiels où l’adepte se perçoit comme un fin détective déjouant tous les complots du monde, par des sorties avec les autres amis « dissidents » au dernier meeting de Soral ou au dernier spectacle de Dieudonné (à 40 euros minimum l’entrée, bien sûr)… Bref, de quoi être anesthésié et démobilisé pour un sacré moment. Du pain béni pour ceux qui tiennent au maintien des injustices économiques, politiques et sociales.

Ainsi, et c’est sans doute le cœur du danger de ces discours, c’est en fait la passivité qui est glorifiée, comme si un geste ou une attitude était constitutifs en soi d’une identité. C’est la fan-attitude poussée à l’excès, au nom d’une posture prétendument subversive. Pas de propositions en termes d’action sociale, pas d’engagement politique et citoyen. Rien de concret, rien de constructif. Retour à la rebelle –attitude de nos heures adolescentes, de quoi donner illusoirement un peu de sens à notre mal-être existentiel. La posture triomphe, au service de l’extrême-droite. La boucle est ainsi bouclée. 


De quels sites Internet parle-t-on ? - Principaux sites Internet reliés à la « complosphère », relayant des thèses antisémites, négationnistes et conspirationnistes :

  • Le site de Alain Soral : http://www.egaliteetreconciliation.fr/

  • Le site de Dieudonné  : http://quenelplus.com/, qui a remplacé le site www.croah.fr , de son comparse « Joe le Corbeau » ; à relier notamment à ce Site Internet la page Facebook « Dedko », qui relie abondamment ces contenus.

  • Le site de Thierry Meyssan, « pape » des conspirationnistes au niveau francophone, aujourd’hui conseiller en communication des dictatures syrienne et iranienne :http://www.voltairenet.org/

  • Le site et la page Facebook du « leader » complotiste belge Laurent Louis :http://www.deboutlesbelges.be/

  • Principaux sites relayant les mêmes thèses (en tout ou en partie) : 

  1. www.mondialisation.ca , 

  2. http://www.alterinfo.net/ , 

  3. http://www.legrandsoir.info/ , 

  4. http://www.michelcollon.info/ , 

  5. http://www.comite-valmy.org/ , 

  6. http://www.medias-presse.info/.

Pour y voir plus clair – Principaux sites Internet qui « décortiquent », analysent et dénoncent les mensonges de la « dissidence » :

 

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