L’indignation, moteur de révoltes en 2011

Rédigé le 25 novembre 2011 par: Benjamin Petteau

Puerta del Sol, Boulevard Rotschild, Wall Street,… autant de lieux symboles des mouvements de contestation qui ont secoué 2011. Outre les révolutions du monde arabe, 2011 aura vu se soulever, au sein des sociétés démocratiques, les citoyens lassés par une société qui ne rencontre plus leurs aspirations. Le moteur de leur révolte ? L’indignation !

Visionnaire, en 2010, Stéphane Hessel nous avait fait l’éloge de l’indignation, comme moteur de l’engagement citoyen. Quant aux motifs… « cherchez, vous trouverez… », nous répétait l’ancien résistant et co-rédacteur de la déclaration universelle des droits de l’homme de 1948.

Une certaine « mauvaise humeur mondiale »

En 2011, l’indignation s’est cristallisée dans des mouvements disparates, mus par une certaine « mauvaise humeur mondiale ». Dysfonctionnement du système capitaliste, austérité, précarité, taux de chômage élevé, accroissement des inégalités sociales, crise du logement, d’une part, et corruption et crise de la représentativité des structures démocratiques traditionnelles, d’autre part, les motifs d’indignation sont multiples, mais expriment un même rejet d’une société dont la majorité des acteurs se sent laissée pour compte.

En Espagne, le taux de chômage des jeunes est passé de 17,6% en 2007 à 44% au 1er trimestre 2011. Quant aux « chanceux », ils doivent se contenter d’emplois précaires. Plus que toute autre catégorie sociale, c’est la jeunesse qui subit de plein fouet la crise économique et les mesures d’austérité. Privée de perspectives d’avenir et en butte à une classe politique en laquelle elle a perdu toute confiance, la jeunesse espagnole se mobilise via les réseaux sociaux au printemps 2011. Les mouvements d’indignation apparaissent à travers tout le pays, des villages de tentes fleurissent sur les places publiques. Des commissions y sont organisées où l’on débat des nouveaux modes de démocratie participative (via internet et les réseaux sociaux), des taxes sur les transactions financières, de solutions pour résoudre les crises du logement et de l’emploi. 

Réinventer la société

L’objectif ? Réinventer la société. Au contraire des révolutions arabes, il n’est pas question de renverser le système, mais de le perfectionner, de placer la justice sociale au centre des préoccupations de l’État, de permettre une participation accrue des citoyens à la gestion des affaires publiques, de favoriser un partage plus équitable des richesses. Cette jeune génération des pays dits « développés », instruite, interconnectée et ouverte sur le monde ne rejette pas la mondialisation. Bien au contraire, elle en est le fruit. Elle a grandi dans une Europe sans frontières, a participé à des programmes d’échanges interuniversitaires, a vécu le boom de l’internet, etc. Mais cette génération assiste également à la crise du modèle qui a contribué à l’amélioration du niveau de vie de ses parents et grands-parents: celui de la sociale-démocratie européenne qui, en proie aux excès du capitalisme, promet des bénéfices que la société est dans l’incapacité d’assumer. 

« We are the 99% »

Mais les mouvements d’indignation ne se limitent pas aux seuls 18-30 ans. Contrairement à Mai 68, il ne s’agit pas d’une lutte de générations, mais d’une lutte endossée par les classes populaires et la classe moyenne à l’encontre du système qu’elles estiment être au service d’une élite minoritaire. Le slogan du mouvement « Occupy Wall Street » est à cet égard sans équivoque : « We are the 99% »…    

En Israël, le mouvement du Boulevard Rothschild et la « marche du million » organisée le 3 septembre a transcendé les clivages d’une société divisée, regroupant des citoyens quelle que soit la classe sociale à laquelle ils appartiennent, les origines (ashkénazes, orientaux, russophones,…) dont ils se revendiquent, ou encore leur tendance philosophico-religieuse. Tous unis au sein d’un même mouvement que chacun s’approprie en lui attribuant ses revendications propres. Les indignés sont le fruit de leur époque,  individualistes et pluriels.  

Cette multiplicité des revendications est inhérente au mode d’organisation et la nature même des mouvements d’indignation : organisés selon des structures horizontales, ils favorisent l’expression du plus grand nombre et le débat d’idées. Cela explique sans doute l’absence de véritable chef de file.  Il y aura bien des figures de proue, telles Daphnee Leef et Stav Shaffir, égéries des indignés du boulevard Rothschild. Mais, celles-ci se défendent de vouloir diriger le mouvement en leur imprimant une orientation, en l’inscrivant dans les structures démocratiques traditionnelles… 

Indignation et politique

Une autre caractéristique des mouvements d’indignation est l’absence totale de récupération politique. Les indignés ne se revendiquent d’aucune tendance politique et les partis peinent à appréhender le phénomène. A défaut de l’apprivoiser, certains ont tenté de le discréditer. On leur reproche l’absence de structure claire,  l’absence d’interlocuteur auquel s’adresser, leur incapacité à s’exprimer d’une seule voix et le manque de solutions concrètes apportées aux problèmes qu’ils dénoncent. On se retranche derrière les débordements auxquels ont donné lieu certaines manifestations pour saper la légitimité du mouvement.   

Qu’importent les critiques, la meilleure preuve de l’impact que suscitent les mouvements d’indignation est la place qu’ils occupent désormais dans le débat démocratique. Aux Etats-Unis, le mouvement « Occupy Wall Street » a suscité de nombreux remous au sein de la classe politique, notamment auprès des candidats républicains en campagne. En Israël, le gouvernement de Benyamin Netanyahou a nommé le professeur Trajtenberg à la tête d’une commission chargée de formuler des propositions de réformes pour lutter contre les problèmes socio-économiques soulevés par les mouvements d’indignation. Véritable tentative de réformes ou simple manœuvre destinée à enrayer le moteur des protestations ? L’avenir nous le dira…  

Quel avenir pour les mouvements d’indignation ?

Avec l’hiver vient le temps de la réflexion. Au terme d’un automne qui aura vu se propager la fronde aux quatre coins du monde se pose la question de l’avenir des mouvements d’indignation. S’il est vrai que l’indignation a suscité un énorme engouement populaire, elle n’est pas (encore) parvenue à transformer radicalement la société. 

Le démantèlement des villages de tentes marquera-t-il la fin des mouvements d’indignation ? Le refus de s’inscrire dans les structures démocratiques traditionnelles ne risque-t-il pas d’en hypothéquer leur pérennité et leur influence ?  

Tant que les problèmes soulevés par les indignés ne seront pas résolus, les causes de l’indignation demeureront. La vague de protestations survenue en 2011 et l’ampleur prise par celles-ci n’est pas due au hasard. Les nouveaux médias et les réseaux sociaux ont généré une véritable révolution. Touchant un public toujours plus important, ils ont un effet démultiplicateur. Ce qui explique – en partie - l’ampleur du mouvement. Ils permettent également à chacun de faire entendre sa voix, d’exprimer ses idées librement et de participer au débat politique. 

Les mouvements d’indignation sont l’expression d’un nouveau mode de démocratie : plus directe, plus proche du citoyen. Aux instances dirigeantes de s’adapter à cette nouvelle réalité, sous peine de les voir refleurir au printemps prochain…

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