Le catéchisme catholique rend-il impossible une guerre qui soit juste ?

Rédigé le 10 janvier 2011 par: Nicolas Bárdos-Féltoronyi

Pour une fois, il n’est pas vain d’explorer le catéchisme catholique lorsque les questions de violence et de guerre sont mises à l’ordre du jour. Voyons-en les sections instructives de « La sauvegarde de la paix » et d’ « Eviter la guerre »∗ repris ici en exergue, en la dépouillant de tout appareil critique mais avec mes commentaires.

En rappelant le précepte : " Tu ne tueras pas " (Mt 5, 21), notre Seigneur demande la paix du cœur et dénonce l’immoralité de la colère meurtrière et de la haine : La colère est un désir de vengeance… La haine volontaire est contraire à la charité. La haine du prochain est un péché quand l’homme lui veut délibérément du mal… Le respect et la croissance de la vie humaine demandent la paix. La paix n’est pas seulement absence de guerre et elle ne se borne pas à assurer l’équilibre des forces adverses. La paix ne peut s’obtenir sur terre sans la sauvegarde des biens des personnes, la libre communication entre les êtres humains, le respect de la dignité des personnes et des peuples, la pratique assidue de la fraternité…

Dans la perspective de Pax Chisti, la phrase clef serait la suivante : « Le respect et la croissance de la vie humaine demandent la paix ». En un langage plus direct, je dirais l’existence humaine exige la paix afin de sauvegarder les conditions d’une vie qui mérite d’être vécue! Sans paix c’est la violence et la guerre.

La paix terrestre est image et fruit de la paix du Christ… Ceux qui renoncent à l’action violente et sanglante, et recourent pour la sauvegarde des droits de l’homme à des moyens de défense à la portée des plus faibles rendent témoignage à la charité évangélique, pourvu que cela se fasse sans nuire aux droits et obligations des autres hommes et des sociétés. Ils attestent légitimement la gravité des risques physiques et moraux du recours à la violence avec ses ruines et ses morts.

L’idée de la défense non violente mais active est constamment en débat à BePax ! Il faut l’approfondir et, en même temps, la rependre et discuter dans toute la société belge. Un tel type défense s’inscrit bien entendu dans les réflexions en cours à propos de l’adoption graduelle d’un statut de neutralité par l’UE ou par ses membres. La non violence quotidienne relève de l’éducation permanente et de la capacité de se réconcilier[1].

Le cinquième commandement interdit la destruction volontaire de la vie humaine. A cause des maux et des injustices qu’entraîne toute guerre, l’Église presse instamment chacun de prier et d’agir pour que la Bonté divine nous libère de l’antique servitude de la guerre… Chacun des citoyens et des gouvernants est tenu d’œuvrer pour éviter les guerres. Aussi longtemps cependant " que le risque de guerre subsistera, qu’il n’y aura pas d’autorité internationale compétente et disposant de forces suffisantes, on ne saurait dénier aux gouvernements, une fois épuisées toutes les possibilités de règlement pacifiques, le droit de légitime défense.

BePax rappele inlassablement ce devoir de chaque citoyen, de chaque politique d’écarter les risques de guerre et de s’interroger sur la question de savoir si la légitime défense est fondée ou non. La revendication se formule de plus en plus avec d’autres associations ou groupes qui partagent ses convictions. Le débat autours des interventions de la Belgique en Irak et en Afghanistan vont évidemment dans ce sens. Il en est de même des mots, des paroles qui tuent ! Songeons aux succès des slogans tels que « les restrictions d’aujourd’hui apportent des investissements de demain et de l’emploi au surlendemain » capitaliste ou de la « guerre contre le terrorisme » de l’impérialisme russe, chinois ou américain.

Il faut considérer avec rigueur les strictes conditions d’une légitime défense par la force militaire. La gravité d’une telle décision la soumet à des conditions rigoureuses de légitimité morale. Il faut à la fois :

  • Que le dommage infligé par l’agresseur à la nation ou à la communauté des nations soit durable, grave et certain.

  • Que tous les autres moyens d’y mettre fin se soient révélés impraticables ou inefficaces.

  • Que soient réunies les conditions sérieuses de succès.

  • Que l’emploi des armes n’entraîne pas des maux et des désordres plus graves que le mal à éliminer.

La puissance des moyens modernes de destruction pèse très lourdement dans l’appréciation de cette condition. Ce sont les éléments traditionnels énumérés dans la doctrine dite de la " guerre juste ". L’appréciation de ces conditions de légitimité morale appartient au jugement prudentiel de ceux qui ont la charge du bien commun.

A juste titre, ces conditions sont rigoureuses et précises. Il s’agit des vies humaines et des exigences à remplir pour une vie qui soit véritablement humaine (voir ci-dessous). Réunir aujourd’hui ces quatre conditions me paraît d’ailleurs impossible. De plus, à l’époque des armes atomiques, biologiques, chimiques et nucléaires, elles sont à appliquer avec encore plus de rigueur pour ne laisser aucune possibilité d’agir avec violence, même aux va-t-en-guerres bien connus. La raison en est simple : « la destruction de villes entières ou de vastes régions avec leurs habitants » s’avèrent inéluctable (voir ci-dessous). Aucune attaque dite humanitaire en vertu d’un raisonnement éthique quelconque ne semble plus justifiée.

Les pouvoirs publics ont dans ce cas le droit et le devoir d’imposer aux citoyens les obligations nécessaires à la défense nationale… Les pouvoirs publics pourvoiront équitablement au cas de ceux qui, pour des motifs de conscience, refusent l’emploi des armes, tout en demeurant tenus de servir sous une autre forme la communauté humaine.

Il est évident que les gouvernants aient le droit d’imposer le service militaire pour les deux sexes, tout en admettant un service social non armé aux objecteurs de conscience.

Tout acte de guerre qui tend indistinctement à la destruction de villes entières ou de vastes régions avec leurs habitants, est un crime contre Dieu et contre l’homme lui-même, qui doit être condamné fermement et sans hésitation. Un risque de la guerre moderne est de fournir l’occasion aux détenteurs des armes scientifiques, notamment atomiques, biologiques ou chimiques, de commettre de tels crimes.

Voir mes commentaires à propos de la « guerre juste » ci-dessus.

L’accumulation des armes apparaît à beaucoup comme une manière paradoxale de détourner de la guerre des adversaires éventuels. Ils y voient le plus efficace des moyens susceptibles d’assurer la paix entre les nations. Ce procédé de dissuasion appelle de sévères réserves morales. La course aux armements n’assure pas la paix. Loin d’éliminer les causes de guerre, elle risque de les aggraver. La dépense de richesses fabuleuses dans la préparation d’armes toujours nouvelles empêche de porter remède aux populations indigentes; elle entrave le développement des peuples. Le surarmement multiplie les raisons de conflits et augmente le risque de la contagion.

Qu’en retenir ? « La course aux armements n’assure pas la paix. Loin d’éliminer les causes de guerre, elle risque de les aggraver ». Sans commentaires ! Les dépenses s’en font avec notre argent à tous, sans que nous tous puissions en dire quoi que ce soit.

La production et le commerce des armes touchent le bien commun des nations et de la communauté internationale. Dès lors les autorités publiques ont le droit et le devoir de les réglementer. La recherche d’intérêts privés ou collectifs à court terme ne peut légitimer des entreprises qui attisent la violence et les conflits entre les nations, et qui compromettre l’ordre juridique international.

Il s’agit d’un domaine où « l’hybridation » entre les intérêts privés et les pouvoirs publics inquiète tout le monde. Le « complexe militaro-industriel » s’épanouit de plus en plus dans le capitalisme en globalisation. Le dépassement de la capacité d’agir des Etats-Nations s’avère insupportable. L’Union européenne doit, selon BePax, agir d’urgence.

Les injustices, les inégalités excessives d’ordre économique ou sociale, l’envie, la méfiance et l’orgueil qui sévissent entre les hommes et les nations, menacent sans cesse la paix et causent les guerres. Tout ce qui est fait pour vaincre ces désordres contribue à édifier la paix et à éviter la guerre…

L’ensemble du monde politique doit se joindre aux associations dont surtout les organisation syndicales et les mouvements de paix pour combattre les inégalités récemment dédoublées et dès lors intolérables ! Non seulement ces inégalités inacceptables induisent le désordre et la guerre mais dans le quotidien provoquent constamment la violence. Pas de justice évangélique, sans une certaine égalité entre tous !

J’en termine en citant des propos du cardinal Maradiaga : « Il faut faire quelque chose si l’on veut commencer de construite une paix durable, une paix qui en pratique sera constituée par la capacité de satisfaire les besoins de la survie… Je sais bien que nous devons insister sur les ‘droits de l’homme’, mais je tiens à affirmer qu’avant eux les ‘besoins humains’ exigent satisfaction… »[2].

 


[1] Voir le remarquable numéro de Le Ligueur, n°18 - 6octobre 2010 sur «La violence est là… rue, école, actualité, TV, loisirs, jeu vidéo, maison ».

[2] MARADIAGA, Oscar Rodriguez, De la difficulté d’évoquer Dieu dans un monde qui pense ne pas en avoir besoin (Entretiens avec Eric Valmir), Robert Laffont, Paris, 2008.

eventIcon

Prochains évènements

10/01/2019, Formation, une organisation de BePax

Formation 12 jours : Devenez référent·e en diversité

Voir tous les évènements