Lutter pour un tourisme juste et équitable en Palestine

Rédigé le 28 avril 2011 par: Nicolas Bossut,Pierrette Nicolosi

Fondé dans les décombres d’une Europe traumatisée par les ravages de la Première guerre mondiale, le Mouvement Chrétien pour la Paix (MCP) s’engage à la promotion des droits humains et des peuples et à faire obstacle à la guerre. La résolution du conflit israélo-palestinien campe au cœur de ses préoccupations. Conscient de l’interdépendance croissante des économies en voie de mondialisation mais aussi de la force que représentent les choix individuels et collectifs des citoyens et consommateurs, le MCP a décidé avec d’autres partenaires européens d’appuyer une campagne pour un tourisme juste et équitable en Palestine.

Le tourisme en Palestine est une activité qui existe depuis des siècles. Depuis le début de notre ère, de nombreux pèlerins traversent la Méditerranée pour suivre les pas du Christ. Le tourisme dit ‘de masse’ n’y donc est pas un phénomène récent, bien au contraire. C’est peut-être même en Palestine qu’il s’est pour la première fois manifesté. Très vite, une tradition de ‘voyage de groupe’ s’est d’ailleurs imposée.

Cette organisation s’est mise en place au fil des siècles et s’est développée de manière équilibrée et intégrée à l’ensemble du tissu socio-économique d’une société palestinienne composite rassemblant musulmans, juifs ou chrétiens. La plupart des intervenants locaux bénéficiaient ainsi du travail et des rentrées générées par cette activité. Artisans, hôteliers, vendeurs de souvenirs, guides, transporteurs et plus tard, agences de voyage contribuaient de manière importante à la vie économique de la Palestine.

Cet équilibre s’est progressivement modifiée en 1948. La situation politique et militaire incertaine, en particulier pendant la première Intifida (1987-1993) a favorisé la reprise en main du juteux commerce des pèlerinages par la seule industrie touristique israélienne. On estime ainsi que 95% du secteur touristique est entre leurs mains. Si, aujourd’hui, le tourisme en Palestine reprend, il semble acquis qu’Israël a réalisé le potentiel économique de cette industrie et entend favoriser ses propres intérêts. La lutte est inégale.

En effet, le Gouvernement israélien n’a pas hésité à mettre en place une campagne de marketing «Israël, Terre Sainte ». Cette campagne permettait à Israël de se refaire une virginité aux yeux du grand public en Occident et ailleurs. Outre son intérêt économique immédiat, elle lui permettait aussi de véhiculer l’image d’un état pacifiste et accueillant. Cette propagande d’état s’est développée insidieusement à tous les étages. Agences et guides israéliens mettent en garde les touristes : « Se rendre en territoire palestinien est dangereux ! », « Mieux vaut annuler certaines visites … », « La visite de l’Eglise de la Nativité n’est pas sans danger » , « Il est conseillé de ne pas s’attarder, éviter d’acheter, de parler aux Palestiniens ! », etc. Ces mises en garde répétées renforcent lourdement l’image de terroristes qui colle à la peau des Palestiniens, les isolant encore plus dans la prison que forment les Territoires autonomes en leur empêchant tout contact avec des étrangers et par la même occasion plombant toute retombée économique.

Des lois mises en place par le gouvernement israélien en outre pénalisent toute l’activité touristique palestinienne : entraves à la mobilité des employés du secteur, impossibilité pour les guides palestiniens de circuler, refus d’autorisations de développement aux infrastructures touristiques, quand elles ne sont pas carrément prises pour cibles par les militaires, …

Bien que l’industrie du tourisme israélienne se soit accaparée presque l’entièreté des revenus des voyages en Israël et en Palestine, les offres de circuits qu’elle propose sont souvent standardisées et s’apparentent plus à des marathons n’ayant pour but qu’une succession de visites de sites et de lieux saints sans accorder de place aux possibles rencontres avec les différentes communautés qui s’y côtoient, s’y croisent, … s’y heurtent aussi, … occultant tout l’aspect humain, toute sa riche diversité.

Malgré tous ces écueils, il reste possible de voyager en Palestine. Le pays dispose d’une grande diversité géographique, une véritable mosaïque culturelle, des vestiges historiques nombreux, et une infrastructure professionnelle. Malgré les difficultés liées à l’occupation, les professionnels et les associations unissent leurs efforts pour organiser les séjours en inscrivant leurs offres de voyage dans un contexte de rencontres humaines. Le rôle des ONG est souvent celui d’accompagnement des visiteurs, et encadrement des communautés de base locales qui souhaitent orienter une partie de leur activité vers le tourisme grâce auquel elles peuvent communiquer, sortir de leur isolement, et en même temps valoriser traditions et savoir faire locaux.

Choisir la Palestine comme destination de voyage, c’est poser un acte de solidarité. En permettant à son secteur touristique de fonctionner, de se développer, c’est apporter une bulle d’oxygène à l’économie locale, permettre à l’artisanat d’être valorisé, créer de l’emploi mais surtout briser l’isolement dans lequel la population palestinienne est enfermée. Se rendre en Palestine, c’est porter aussi la responsabilité de témoigner à son retour de l’expérience vécue.

En voyageant de manière responsable et dans un cadre responsable en Palestine chacun peut contribuer à plus de justice. Dans le cadre d’un pèlerinage, cette démarche nous semble inévitable. S’adressant aux milliers de pèlerins chrétiens ‘aveugles et sourds » qui affluent chaque année en Terre Sainte, les chrétiens palestiniens n’hésitent pas à leur dire « Restez chez vous ! ».

Ces voyages requièrent cependant une préparation, une implication de la part des voyageurs et des organisateurs. Il est important que ces deux acteurs prennent la mesure de la responsabilité qu’implique ce type de destination afin de ne pas tomber dans le voyeurisme ou à l’opposé, à l’indifférence, faisant abstraction du contexte, insensible à la condition des hommes et des femmes croisés, sur les lieux’.

La campagne pour un tourisme juste en Palestine vise à sensibiliser les voyageurs étrangers à un tourisme de rencontres et d’échanges avec les différentes communautés locales et les ONG, qu’elles soient palestiniennes et israéliennes, qui sont engagées dans les mouvements pour la paix. Elle vise à promouvoir un tourisme qui valorise les savoir faire locaux, un tourisme dont le revenu bénéficie directement à la population locale. Les partenaires palestiniens et israéliens, les visiteurs, les organisateurs de voyages, de pèlerinages qui souhaitent s’inscrire dans cette campagne s’engagent à travailler ensemble en respectant le « Code de Conduite en Terre Sainte »[1], une initiative Palestinienne.

Témoignage : En Afrique aussi, le tourisme pose des questions éthiques

Décembre 2006, nous faisons un séjour familial au Sénégal. Nous vient l’envie de découvrir autre chose, un autre visage de l’Afrique. Le fleuve Sénégal, à la frontière mauritanienne, nous attire. Les comptoirs commerciaux, vestiges d’un passé que l’on croyait éternel et prospère, Saint-Louis, cette ville mythique, qui a accueilli Mermoz, Saint-Exupéry et les premiers vols de l’aéropostale, les villages qui vivent dans la simplicité et le dénuement, les entreprises - sucrerie, laiterie -, les troupeaux de vaches et les réserves d’oiseaux en sont les nombreux atouts à nos yeux.

Pour découvrir cet univers, nous embarquons sur un bateau, le « Bou el Mogdad ». Montent également à bord des enfants, des jeunes couples, des retraités d’origine américaine, italienne, française, africaine… et nous ! Cette semaine-là, nous descendrons 200 km sur le fleuve, de Podor à Saint-Louis.

Comment aborder un tel voyage sur un bateau peuplé de riches occidentaux noyé au cœur de l’Afrique ? Comment percevoir, s’approprier, garder un regard critique sans préjugés ?

Un après-midi, le bateau accoste. Au pied du ponton, des jeunes femmes, des garçons se baignent, se lavent la poitrine blanche de savon dans une eau que l’on devine saumâtre, réceptacle des égouts. « Que cela doit être bon de se laver ainsi !», s’exclame une dame un peu niaise, prête à les rejoindre… Un autre soir, un ancien militaire sénégalais de l’armée française en Indochine ou en Algérie parlera fièrement de son engagement patriotique au service du monde libre. Peu de questions sur le sens de tout cela. Le lendemain, bien encadré, visite d’une sucrerie ; aucune réponse sur les salaires des travailleurs et leurs conditions de travail.

Michel van Zeebroeck

 


[1] www.pirt.ps

eventIcon

Prochains évènements

10/01/2019, Formation, une organisation de BePax

Formation 12 jours : Devenez référent·e en diversité

Voir tous les évènements