Qu’est-ce que la non-violence ?

Comment, dans un monde où la violence est omniprésente, peut-on construire une culture de paix ? Comment réagir face à la violence ? Quelles alternatives existe-t-il face à elle ? Comment les mettre en œuvre ? Ces questions, fondamentales, résident au cœur du dossier pédagogique « Construire la Paix », disponible prochainement auprès de BePax.

Parce que la paix est un projet de tous les jours qui nous concerne tous, poser les balises d’un vivre ensemble où chacun peut s’épanouir dans le respect de tous est un enjeu primordial. Face à cela, la non-violence propose une approche concrète pour construire la paix au quotidien.  

Voici une approche analytique de ce qu’est la non-violence, ses origines, sa philosophie, ses méthodes et limites.

La non-violence, une propisition

La non-violence est tout à la fois une éthique qui refuse le processus de légitimation de la violence et qui prône le respect de la personne humaine et de la vie ; et une attitude qui encourage à la prise de responsabilité de chacun. La non-violence est un mode de relation qui favorise le dialogue et la médiation dans une approche constructive des conflits et qui peut se traduire par des actions collectives de grande échelle. La non-violence, c’est également un projet : celui de construire une culture de paix, une société démocratique basée sur la tolérance et le respect de chacun.

La non-violence peut se résumer par la formule « ni hérisson, ni paillasson » : ne pas blesser, ne pas se laisser piétiner. « La non-violence, c’est savoir dire « non », mettre des limites, de la structure, et savoir exprimer sa colère pour faire entendre ses besoins sans violence, pour prendre sa place sans s’écraser. [1] »

Faire le choix de la non-violence, c’est comprendre que la violence ne résout rien.

Origine et terminologie

Le terme « non-violence » est assez récent. C’est au début des années 1920 que le terme apparaît dans la langue française, à l’occasion de reportages réalisés sur l’action de Gandhi en Inde. L’émergence du terme « non-violence » est donc liée à l’action de ce grand leader indien de l’action non violente, Mohandas K. Gandhi (1869-1948).

Ce terme traduit en réalité deux mots du vocabulaire gandhien: ahisma[2] et satyagraha[3]. Ahisma renvoie au registre des convictions qui fondent un refus de la violence, et satyagraha se situe au niveau des modes d’action. Pour être exact, nous devrions utiliser le terme « non-violence active ». 

Si Gandhi a inventé et popularisé ce terme, la notion de non-violence existait déjà bien avant lui. Chez Aristote déjà, la phronésis désigne l’acte intellectuel et moral permettant d’effectuer une bonne délibération se traduisant par la parole ou par une action opportune. Thomas d’Aquin lui donnera le nom de prudentia. Ces deux termes désignent une sagesse pratique de l’action et une approche éthique de la violence. 

Dire « non » à la violence ne suffit pas !

Parce qu’il exprime une négation, le terme « non-violence » peut porter à confusion. Au contraire de ce que l’on pourrait croire, la non-violence n’est pas le refus pur et simple de la violence. Il renvoie à une manière spécifique d’agir. La formule négative du terme « non-violence » ne désigne pas la négation de la violence, mais le rapport d’opposition réelle qu’il entretient avec la violence, c’est-à-dire son objectif ultime de détruire les causes et les conséquences de la violence. C’est un « non » de résistance qu’affirme la non-violence. Elle ne présuppose pas un monde sans violence, mais vise à délégitimer la violence.

Contrairement au pacifisme, la non-violence reconnaît l’utilité du conflit. Elle n’a pas un caractère passif. La non-violence est une logique d’action.

La non-violence n’est pas non plus à confondre avec la contre violence, qui entretient le cercle vicieux de la violence, puisqu’en répondant à la violence par la violence, la contre violence ne fait qu’engendrer de nouvelles injustices. La non-violence, vise à briser cet engrenage infernal. La contre violence est une violence contraire, mais elle n’est pas le contraire de la violence.

La non-violence propose une alternative à la violence, son principe de base est de rechercher des méthodes pour agir efficacement contre la violence sans recourir à celle-ci. Une attitude non violente consiste à comprendre les attitudes violentes d’autrui, ce qui a pu l’amener à adopter ce type de comportement par la voie du dialogue, en lui donnant l’occasion de s’exprimer et d’être écouté.

Approche synthétique de la non-violence

De manière synthétique, nous pourrions définir la non-violence comme suit :

  • La non-violence porte en elle les valeurs de fraternité, de respect, de paix, de liberté, de responsabilité et de bienveillance mutuelle ;

  • Elle est une requête de sens, un idéal à atteindre, un processus en perpétuelle construction ;

  • Agir par la non-violence consiste à délégitimer la violence. C’est considérer la violence comme une atteinte à l’humanité des autres mais également à celle de celui qui la défend. C’est le respect, en pensée, en parole et en action, de la vie de l’autre.

  • La non-violence n’est pas une idéologie, mais plutôt une philosophie à adopter dans nos attitudes et nos actions quotidiennes ;

  • Elle est une manière d’être dans le sens où elle vise un mode de vie en société dans lequel les relations entre les personnes sont fondées sur les principes de solidarité et de respect. Elle est une manière de faire dans le sens où elle consiste à mettre en place des moyens d’actions dans le but de résoudre positivement les conflits sans avoir recours à la violence ;

  • Son but est de résister face aux injustices, avec d’autres armes que celles de la violence, des armes plus efficaces car elles n’engendrent pas une nouvelle violence, permettant ainsi de sortir du cercle vicieux de la violence ;

  • La non-violence n’est pas le pacifisme. Alors que le pacifiste refuse toute forme de violence, le non-violent l’admet dans certaines circonstances, mais toujours de manière dissuasive, jamais offensive ;

  • Enfin, la non-violence, c’est aussi chercher à comprendre la violence, afin d’identifier ce qui l’engendre. Mais chercher à comprendre la violence, ce n’est pas pour autant la justifier.

La non-violence en action

Face à une injustice, à une situation de violence, l’Homme a la possibilité de réagir de trois manières : soit il adopte la position de résignation, démissionnant de son rôle de citoyen responsable ; soit il choisit d’avoir recours à la violence, soit à la non-violence. Comme Gandhi disait : « si quelqu’un est violent, je peux envisager d’en faire un non-violent. Mais s’il est lâche, ce sera impossible ». Ce qui est déterminant, c’est la volonté de provoquer un changement.

La non-violence trouve des mises en pratique qui se situent à deux niveaux : le niveau politique et sociétal, et le niveau des relations interpersonnelles.

  • Sur le plan interpersonnel, la non-violence se traduit par la volonté de construire dans un esprit de coopération. Cela consiste à développer une approche positive des conflits, à prêter une attention particulière à la nécessité de bien communiquer, et enfin à la volonté de refuser d’écraser l’autre, sans pour autant s’écraser soi-même[4].

  • Sur le plan politique et sociétal, les méthodes d’actions non violentes dans les conflits de l’espace public peuvent être de nature très différentes.

Le recours à la non-violence comme moyen de pression politique ne se résume pas à s’abstenir de tout comportement violent. « Elle constitue surtout un ensemble de moyens par lesquels, dans des situations de conflit, un ou plusieurs acteurs exercent des forces de persuasion ou de contrainte ne portant atteinte ni à la vie ni à la dignité des personnes. Les principes de l’action non violente reposent sur une analyse de la nature du pouvoir : les dominés ne subissent pas la domination par la seule volonté des dominants, la victime n’est pas toujours passive dans les mains de son persécuteur. Car la vraie tentation devant l’injustice est la passivité et la résignation qui fondent la complicité et la collaboration. Cette analyse permet de ne pas surestimer le poids de la violence dans les processus de domination et fonde la possibilité d’une action non violente : la victime peut faire obstacle à sa victimisation en s’efforçant de ne plus y participer. [5]»

Prenons l’exemple de l’action non violente de Gandhi, qui entame en 1930 une « marche du sel » en vue d'arracher l'indépendance de l'Inde aux Britanniques. Au bord de l'océan Indien, Gandhi recueille dans ses mains un peu de sel. Par ce geste dérisoire mais hautement symbolique, Gandhi encourage ses compatriotes à violer le monopole d'État sur la distribution du sel. Ce monopole oblige tous les consommateurs indiens, y compris les plus pauvres, à payer un impôt sur le sel et leur interdit d'en récolter eux-mêmes. Les Britanniques jettent alors plus de 60 000 contrevenants en prison. Les Indiens, fidèles aux recommandations de Gandhi, ne résistent pas. Finalement, le vice-roi reconnaît son impuissance à imposer la loi britannique. Cédant aux injonctions de Gandhi, il libère tous les prisonniers et accorde aux Indiens le droit de collecter eux-mêmes le sel. Gandhi obtient, au bout du compte, l’indépendance de l’Inde.

Stratégies multiples

La non-violence n’offre pas de modèle de stratégie tout prêt, elle requiert de la créativité afin de s’adapter à chaque situation particulière.

« Beaucoup de gens voient dans l’action non violente un appel à la conscience de l’adversaire, au dialogue. Certes, la recherche du dialogue dicte l’attitude du non-violent, mais ce dialogue se situe souvent à l’intérieur du rapport de forces établi par des moyens de pression et de contrainte. L’objectif de l’action non violente est de parvenir à ouvrir ce dialogue en position de force, grâce à des formes de pression propres qui sont de nature psychologique, physique, économique ou politique. [6] »

Voici trois exemples d’action non violente :

- La désobéissance civile :

La désobéissance civile est une stratégie d’action qui se base sur le principe de non coopération collective, tout comme la grève et le boycott.

La désobéissance civile consiste à transgresser une loi que l’on juge injuste, illégitime ou qui viole les droits de la personne, afin de la supprimer. Cette transgression doit être volontaire, publique, collective et non violente.

L’opinion publique est « l’arme » de la désobéissance civile par laquelle on fait pression sur les autorités politiques.

Ne perdons pas de vue que lorsqu’on fait le choix de la désobéissance civile, il faut en accepter les retombées judiciaires.

Face à cette action non violente, précisons toutefois que la Loi est un élément indispensable pour permettre d’organiser la vie en société. Dans nos sociétés démocratiques, il est possible de la faire changer en interpellant par exemple les responsables politiques par l’intermédiaire du vote, de la société civile et des associations de paix, ou encore des pétitions. Ces démarches légales permettent d’aboutir à un changement de la Loi par une démarche non violente et démocratique. Le recours à la désobéissance civile ne constitue donc qu’une solution ultime face à une injustice qu’il est impossible de changer par les voies démocratiques.      

- L’intervention civile :

L’intervention civile est une intervention non armée, sur le terrain d’un conflit local. C’est une forme de médiation entre deux groupes, deux communautés ou deux nations. Elle consiste à mettre en œuvre des missions mandatées par une organisation intergouvernementale (OSCE[7], ONU[8]), gouvernementale, ou non gouvernementale (ONG).

Ces missions viennent accomplir des actions d’observation, d’information, d’interposition, de médiation, de coopération et de formation adaptées à la situation. Son but est de séparer les parties conflictuelles afin de les amener sur un chemin d’entente et de négociation afin de faire cesser la violence. Elle consiste à rétablir le dialogue entre les deux adversaires en établissant des mesures de confiance entre les parties adverses dans le but de réduire ou si possible de faire cesser la violence, afin de créer les conditions d’une solution politique du conflit. L’intervention civile constitue une alternative à l’intervention militaire.

- L’ingérence politique

L’ingérence politique consiste à intervenir dans les affaires des autres (Etats ou privées) pour tenter de leur imposer des choix différents de ceux qu’ils auraient fait naturellement s’ils n’avaient eu à prendre en compte que leurs intérêts propres.

Cette notion peut avoir une connotation négative, mais, lorsqu’elle est empreinte d’une préoccupation éthique, l’ingérence revêt une conception plus large dans laquelle le respect des droits fondamentaux de la personne humaine prime sur l’interdiction de porter atteinte à la souveraineté d’un Etat. C’est par exemple le cas de l’ingérence  humanitaire, qui implique l’aide ou l’assistance à des personnes en grand danger ou en état de grave nécessité, suite à une catastrophe d’origine humanitaire (guerres, conflits, crises économiques, accidents industriels…) ou d’origine naturelle (tremblements de terre, épidémies, famines…).

L’ingérence légitime, comme une exigence éthique dénuée de tout intérêt ou intention politique, est une notion ambivalente. En effet, l’intervention qui peut paraître légitime à mes yeux, peut ne pas respecter les conceptions culturelles de celui auprès duquel j’interviens, et sombrer dès lors dans une forme d’impérialisme universaliste. Y recourir doit dès lors être le résultat d’une décision mûrement réfléchie.

Soulignons que pratiquer l’ingérence n’est pas forcément basé sur les principes de l’action non-violente. Si cette pratique doit impérativement répondre à l’éthique du respect des droits de l’Homme, ce n’est que par sa mise en pratique selon les principes de l’action non-violente qu’elle pourra contribuer au développement d’un monde plus juste et solidaire.   

Faire le choix de la non-violence, c’est faire preuve de réalisme. En effet, par sa logique d’action, elle est bien plus efficace que la violence, car elle n’engendre pas de nouvelles injustices, et donc pas de nouvel embryon de violence.

En se plaçant sur un autre terrain que celui de la violence pour gérer le conflit, le non-violent manifeste son refus d’entrer dans la spirale de la violence. La non-violence offre dès lors une solution de paix durable. 

De plus, même si elle se solde par un échec, l’action non violente, par sa logique, est en soi une victoire.

Pourquoi faire le choix de la non-violence ?[9]

Face à une injustice, de nombreux groupes ont décidé de faire un autre choix que celui de la violence, tout simplement parce qu’ils la considèrent soit comme impossible, soit interdite, soit immorale[10]. Observons tour à tour ces trois types de motivations principales : 

- D’un point de vue pragmatique, le recours aux armes quand l’adversaire est mieux armé est tout simplement suicidaire. C’est une simple question de bon sens : il faut éviter de se battre sur un terrain où l’adversaire possède l’avantage. Le recours à l’action non violente permet de tirer profit de ses faiblesses pour les transformer en forces.

- Selon un autre point de vue, le recours à l’action non violente se fonde sur une référence aux traditions religieuses.

Dans la religion hindoue, et plus précisément dans l’une de ses branches, le jaïnisme, pratiquer l’ahisma, c’est-à-dire le devoir de respecter la vie humaine, est au centre de son enseignement.

Dans la philosophie bouddhiste, l’interdiction de tuer et la nécessité de «vaincre le mal par le bien » sont des règles incontournables. Avoir recours à la violence est considéré comme presque toujours vain et est susceptible d’avoir des effets pervers sur soi-même. Cette source bouddhiste du refus de la violence se manifeste aujourd’hui dans la vie et l’enseignement du Dalaï Lama.

L’autre grande inspiration religieuse de la non-violence est le christianisme. Bien qu’à partir du quatrième siècle les représentants de cette religion bâtissent une justification théologique de la guerre, les premières communautés chrétiennes n’ont jamais envisagé de se défendre par les armes contre les persécutions et considéraient le fait de verser du sang comme un péché particulièrement grave. Les enseignements du Nouveau Testament sur la renonciation à la violence  « si on te frappe la joue droite, tend l’autre joue » ou encore, « celui qui prend l’épée périra par l’épée » étaient suivis à la lettre. Le refus de la violence fut réintroduit dans la chrétienté moins par la doctrine chrétienne que par la croyance Zoroastrienne rapportée des croisades au Moyen-Orient. Au sein du Catholicisme, un certain nombre de groupes minoritaires, comme les Franciscains, vont rappeler au fil de l’histoire le refus de la violence contenu dans l’Evangile.

A l’époque contemporaine, des courants non-violents vont s’affirmer tant au sein des Eglises protestantes que catholiques et bon nombre de chrétiens ont marqué l’histoire récente des luttes et des réflexions non violentes ; citons, dans le désordre, Desmond Tutu en Afrique du Sud, Martin Luther King aux Etats-Unis, Helder Camara et Adolfo Perez Esquivel en Amérique Latine, tous prix Nobel de la Paix, et bien d’autres encore, personnalités connues et moins connues.

Croyants ou non, la plupart de ceux qui, de nos jours, argumentent en faveur de la non-violence invoquent des raisons qui ne relèvent ni du pur pragmatisme, ni de convictions religieuses, mais d’une éthique.

-  Les motivations éthiques qui poussent les individus et les groupes à avoir recours à la non-violence pourraient se résumer par la recherche de la cohérence entre la fin et les moyens. Pour reprendre les termes de Gandhi, nous pourrions dire que « C’est comme si vous prétendiez que d’une mauvaise herbe, il peut sortir une rose (…). Les moyens sont comme la graine et la fin comme l’arbre. Le rapport est aussi inéluctable entre la fin et les moyens qu’entre l’arbre et la semence. (…)On récolte exactement ce que l’on sème». Cette éthique se trouve à l’opposé de la théorie de la guerre juste selon laquelle la fin justifie les moyens, et qui soutient l’adage « qui veut préparer la paix prépare la guerre ». De plus, on constate souvent que la personne, ou le gouvernement qui soutient cette thèse, s’égare dans le futur : il promet la paix et la justice, mais toujours pour demain. 

Gandhi, tout comme Martin Luther King et d’autres grandes figures de l’action non violente, ont su montrer que l’emploi de la violence est à la fois inefficace et immoral : le recours à la violence permet peut-être de remporter la première bataille, mais pas la guerre. La violence ne permet pas d’aboutir à une paix durable. Pour reprendre les termes de Martin Luther King : « par la violence, on peut tuer le menteur, mais pas établir la vérité ».

Les limites de l’action non violente

Le recours à la non-violence dans l’action impose de se poser la question de sa faisabilité.

« L’efficacité dans une résistance civile sous-entend deux conditions de taille. Elle suppose, tout d’abord, que l’usurpateur fasse preuve, à un moment ou à un autre, d’une réflexion rationnelle, raisonnable et scrupuleuse (renonçant à une intimidation et à une répression absolue). L’action non violente implique que l’on ait en face de soi non des fauves, des sauvages ou des robots, mais des Hommes dignes de ce nom. Elle requiert ensuite des défenseurs civils héroïques, prêts à garder leurs positions au péril de leur vie. Loin d’être spontanée, la non-violence suppose une conduite réfléchie et cohérente, elle est liée au perfectionnement intérieur. La répression constitue donc un obstacle évident au développement de toute forme de résistance. Bien qu’ils soient souvent négligés, nous ne pouvons nier les divers succès de résistance sans armes, tant dans l’Europe nazie puis communiste que dans plusieurs dictatures militaires du Tiers Monde ou encore tout récemment en Serbie. Mais il est néanmoins difficile de faire abstraction des répressions potentielles et même probables, que celles-ci soient physiques (emprisonnements, tortures, assassinats d’opposants...) ou économiques tout aussi redoutables.[11] »

Il est donc utopique de croire en l’efficacité immédiate et absolue de la non-violence. De nombreuses résistances, d’ordre psychologique, idéologique, sociologiques ou pragmatiques entravent le réflexe de la non-violence.         

« Devant l’éventuelle nécessité de recourir à la violence, l’urgence n’est pas de venir la justifier, mais de chercher les moyens non-violents qui permettront à l’avenir d’éviter qu’une telle situation se renouvelle. Aussi paradoxalement que cela puisse paraître, la violence semble à la fois inévitable et injustifiable. Il faut lui garder son caractère exceptionnel et la resserrer dans ses limites les plus étroites.[12] »

L’avènement d’un monde juste par la non-violence peut sembler être une utopie, mais les utopies font partie de nous-mêmes, elles nous permettent d’avancer. « Quand nous n’en avons plus, nous devenons sédentaires dans l’action et dans la pensée.[13] »

La culture de paix, un projet pour vivre ensemble

L’être humain est avant tout un être de relation, il se construit dans la relation à l’autre, et développe des projets grâce aux autres.

Croire en un monde où toutes les relations seraient harmonieuses et pacifiques est stérile et illusoire. « Si la coexistence entre les Hommes et entre les peuples doit devenir pacifique, elle restera néanmoins conflictuelle. La paix ne peut être et ne sera jamais l’absence de conflits mais la maîtrise, la gestion, et la résolution des conflits par d’autres moyens que par la violence.[14] »

Le conflit est un élément structurel de la relation à l’autre, il me permet d’aller de l’avant, de prendre position, de confronter à l’avis d’autrui et me pousse à me remettre en question. Mais le conflit peut aussi mener à la destruction. La manière dont il est géré est donc déterminante.

Avoir une approche positive des conflits, apprendre à les gérer de manière constructive, c’est également apprendre à s’ouvrir aux autres, à respecter les différences et pouvoir composer avec elles, à s’affirmer et prendre confiance en soi, à prendre des initiatives et apprendre l’autonomie ;  c’est aussi apprendre à dialoguer, à négocier, à développer l’esprit de coopération et de solidarité, à développer la créativité et à gérer ses émotions. 

Apprendre à gérer les conflits de manière constructive, c’est également mettre en pratique les principes fondamentaux de la démocratie. L’éducation à la paix mais aussi de l’éducation à la vie démocratique.

Toute cela pose les balises d’un vivre ensemble où chacun peut s’épanouir, d’un vivre ensemble qui replace l’humain au centre des préoccupations, dans quelque cadre que ce soit.

Apprendre la non-violence, c’est s’approprier des valeurs, des attitudes, des comportements et des modes de vie basés sur le respect de la dignité humaine et de la différence. 

 


 

BIBLIOGRAPHIE

Alternatives non-violences, « Non-violence : une logique d’action », revue trimestrielle Alternatives non-violence n°132, 2004.

BAZIER, François, Exposé « la Non-violence : une proposition » du 5 juillet 2006

D’ANSEMBOURG, Thomas, « Etre heureux n’est pas nécessairement confortable », Éditions de l’Homme, 2001.

LONGNEAU, Jean-Michel, « Attention à la démagogie », in le Vif l’Express, paru le 28 avril 2006.

Exposés du 4 juillet 2006 et du 31 août 2006.

Justice et Paix, « Pour une éthique de l’ingérence. Quelles limites à l’ingérence ? » 2002

MOREELS, Reginald, « L’ultime utopie, la non-violence », in La Libre Belgique, paru le 12 août 2006

MULLER, Jean-Marie, « La non-violence, une idée neuve », in « Comprendre la non-violence », éd. Racines, 1995.

« Délégitimer la violence », collection Culture de non-violence n°1, Centre de ressources sur la non-violence de Midi- Pyrénées.

BePax, « Vivre ensemble… en paix. Petit recueil à l’usage de ceux qui souhaitent mieux vivre ensemble. » 2005

ROSOUX, Valérie, « La non-violence : entre morale et politique », Studia diplomatica, L, 1997, pp. 85-96.

SEMELIN, Jacques, « La non-violence expliquée à mes filles », éd. du Seuil, 2000.

Université de Paix, « Promouvoir la paix », coll. Les intelligences citoyennes, éd. De Boeck, 2004.

www.non-violence.ch : Centre pour l’action non violente.

www.irnc.org : l’Institut de Recherche sur la Résolution Non-Violente des Conflits et de la revue Alternatives Non-Violentes.

www.nvc-europe.org : le site sur la Communication Non Violente.

www.decennie.org: La Coordination française pour la Décennie internationale de la promotion d’une culture de la non-violence et de la paix.

www.alternat.org/: Alternat, une péniche pour la paix. Plateforme associative.

www.irenees.net: IRENEES, site de ressources pour la paix.

 


[1] Thomas d’Ansembourg, auteur de « Cessez d’être gentils, soyez vrai ! », paru aux Éditions de l’Homme, 2001.

[2] Le terme sanscrit ahimsa est usuel dans les textes de la littérature hindouiste, jaïniste et bouddhiste. Ahisma est formé du préfixe négatif a et du substantif himsa qui signifie le désir de nuire, de faire violence à un être vivant. Ahimsa signifie donc quelque chose comme non nuisance ; la reconnaissance, l’apprivoisement, la maîtrise et la transmutation du désir de violence qui est en l’homme et qui le conduit à vouloir écarter, exclure, éliminer, meurtrir l’autre homme.

[3] Satyagraha est un mot apparu en Afrique du Sud au cours de la lutte menée par la communauté indienne (1905-1906) contre la « loi asiatique » qui autorise la discrimination à l’égard des communautés asiatiques.

[4] La fiche « éduquer la violence » propose à cet égard une série de pistes d’attitudes et de comportements à adopter face à une situation de violence.

[5] Op cit. BAZIER, François, la non-violence, une proposition, p13. Extrait de la formation du 05 juillet2006.

[6] Op cit. ROSOUX, Valérie, La non-violence, entre morale et politique, p11

[7] OSCE : Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe

[8] ONU : Organisation des Nations Unies

[9] Ces informations reprennent largement les propos de François Bazier, formateur à l’Université de Paix de Namur.

[10] Christian MELLON et Jacques SEMELIN, la non-violence, Paris, P.U.F., 1994, pp. 25-47

[11] Op cit. ROSOUX, Valérie, La non-violence, entre morale et politique, p11

[12] Op cit. ROSOUX, Valérie, La non-violence, entre morale et politique, p12

[13] Op cit. MOREELS, Reginald, in La Libre Belgique, L’ultime utopie, la non-violence, 12 août 2004.

[14] Op cit. ROSOUX, Valérie, La non-violence, entre morale et politique, p3.


Illustration : François Polito

 

 

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