Semaine de la paix 2006 : les jeunes en situations de conflit

Rédigé le 20 décembre 2006 par: Olivier Duhayon

Les causes des conflits sont étudiées par des historiens, des politologues, des économistes, des pédagogues... à travers le monde entier. Il est souvent difficile d’établir un consensus au sujet des causes exactes de la naissance des conflits et des guerres. Cependant, nous constatons une croissance de la compréhension des différents types d’abus de pouvoir, de conflits et de violence structurelle.

Tant les conflits armés classiques que le manque de perspectives économiques, tant les activités criminelles que les violations des droits de l’homme et que les violences interpersonnelles, tous (et bien d’autres encore !...) font partie du même syndrome : la violence dans le monde.

En route vers la paix !

Nous optons expressément pour la voie de la non-violence active et du pluralisme actif. Pour ce faire, nous parions notamment sur les jeunes !

Des enquêtes ou recherches nous apprennent que la présence de grands groupes de jeunes discriminés, exclus et/ou au chômage dans une région donnée, augmente le risque de conflits sérieux dans cette région. Et ceci entraîne le risque d’extension de la violence à un niveau interrégional ou international.

D’autre part, nous savons qu’une éducation à la paix fait diminuer les tensions et donc contribue à faire diminuer ainsi les risques de conflits sérieux dans une région.

Il a également été établi que le risque de conflits diminue significativement lorsque des femmes et des hommes, des groupes ethniques et des traditions et tendances religieuses ou philosophiques différents se côtoient d’une manière tolérante et s’acceptent dans un esprit ouvert.

De plus, la paix sera plus facile à construire si les divers groupes en présence acceptent une même lecture du passé. A partir du moment où les faits “historiques” ou récents sont lus de la même manière, ce qui constitue déjà un travail important et parfois de longue haleine, une éducation à la paix peut se développer pour instaurer une paix “équitable”.

Ce que nous venons de voir à un niveau régional voire international est tout aussi valable à des échelles bien plus réduites, comme des villes, des quartiers, des familles...

Nous le savons, diverses formes de violence existent : physiques, verbales, morales ou psycholgiques, économiques,… Et bien sûr les jeunes n’en sont pas à l’abri. Chez nous aussi, on constate beaucoup de violence, surtout verbale mais pas uniquement, auprès des jeunes. Bien des formes de violence sont exercées sur eux et/ou par eux.

D’où cela vient-il ? Les jeunes peuvent-ils entreprendre eux-mêmes une action significative en matière de construction de la paix ? Comment une éducation à la paix peut-elle gagner en importance et devenir une organisation pour la paix par et avec des jeunes, dans leur propre environnement et avec une répercussion éventuellement internationale ?

C’est avec toutes ces questions que BePax et Justice et Paix ont organisé une première “Semaine de la paix” en Communauté française de Belgique. En effet, une Semaine de la paix existe depuis déjà de nombreuses années en Flandre, avec un retentissement non négligeable dans la population flamande, mais aussi au niveau de la presse et au niveau politique. Nous avons voulu créer cet événement côté francophone du pays. Le principe d’une Semaine de la paix est de rassembler, en une semaine symbolique, vers la fin septembre – début octobre, diverses activités autour d’un même thème, et ce dans plusieurs endroits de la Communauté française. Pour ce faire, nous avons voulu agir, quand cela était possible, en collaboration avec d’autres associations. C’est ainsi que ponctuellement, nous avons collaboré notamment avec le MIR-IRG, la CNAPD, la Maison Internationale de Mons, les Facultés universitaires catholiques de Mons, le Festival International du Film Francophone de Namur, la Maison de la Culture d’Arlon, etc. Les activités organisées se déroulaient sous formes de conférences-débats, de projections de films suivies d’un débat, d’un “petit-déjeuner – débat” avec des étudiants d’une université, et d’expositions (une même exposition organisée à Namur puis à Arlon).

Le thème choisi pour cette première Semaine de la paix en Communauté française de Belgique était “Les jeunes en situations de conflit”. Comme nous l’avons vu ci-dessus, ces situations de conflit sont multiples.

Les jeunes ne sont pas si désemparés qu’on le dit parfois ! Eux aussi peuvent bien se charger d’un rôle important dans la société en conflit, ou dit autrement, dans les conflits de la société. Ils peuvent participer activement à la prévention de ces conflits et à la constrution de la paix. Encore faut-il leur en donner l’occasion, les écouter, les aider dans leurs initiatives. Dans notre choix délibéré de mettre des limites à l’usage de la violence, nous voulons offrir aux jeunes des perspectives réalisables, ouvrir leurs horizons, trop souvent bouchés par cette société.

Pensons globalement, mais agissons déjà localement

Par l’exemple qui suit, nous voulons montrer que des actions locales peuvent aussi contribuer à une paix globale.

Les Nations-Unies, dans leur résolution 53/25, soutiennent une “culture de paix et de non-violence” dans laquelle une attention spécifique est accordée à la déclaration d’intention que les conseillers communaux (les élus locaux) peuvent déposer pour concrétiser une politique locale de paix dans leur Commune. Cette déclaration permettra de préparer, d’exécuter, d’évaluer et de corriger si cela est nécessaire un tas d’initiatives pour jeunes en rapport avec la paix.

Les buts de la résolution 53/25 des Nations-Unies concernent aussi les politiciens des niveaux régional et fédéral. Ils ont la possibilité, chacun dans leur domaine et leur compétence, de signifier un soutien important pour une culture de paix et de non-violence pour les jeunes.

Les six accords de la déclaration des Nations-Unies de la Décennie pour une culture de la paix et la non-violence ont été repris et certains ont été approfondis avec les jeunes pendant la Semaine de la paix 2006 :

  • respect de toute vie : respecter la vie et la dignité de tout être humain, sans discrimination et sans préjugés ;

  • rejet de la violence : agir sans violence et rejeter la violence sous toutes ses formes: physiques, sexuelles, psychologiques, économiques et sociales, et surtout envers les plus démunis et les plus vulnérables. Cependant, des spécialistes nous apprennent que nous avons tous des comportements parfois violents.

  • partage avec les autres : partager mon temps et mes moyens matériels et ainsi aider à combattre l’exclusion et l’injustice, l’oppression politique et économique ;

  • écouter pour comprendre : défendre la liberté d’expression et la diversité culturelle et toujours préférer le dialogue et la communication au fanatisme, à la calomnie et au rejet de l’autre ;

  • prendre soin de notre planète : consommer d’une manière responsable dans le but de protéger l’équilibre naturel de notre planète ;

  • redécouverte de la solidarité : collaborer à l’édification des communautés auxquelles nous appartenons en veillant à la participation des femmes, au respect des principes démocratiques et des nouvelles formes de solidarité.

Tous ces points sont bien sûr très importants, mais durant la Semaine de la paix, nous avons approfondis spécialement l’un ou l’autre point avec les jeunes rencontrés.

Ainsi par exemple, les spécialistes (psychologues, spécialistes de la violence) nous expliquent que la violence existe depuis la nuit des temps, et que chacun d’entre nous avons parfois des comportements violents, même s’ils sont parfois inconscients ou à notre insu. Une simple parole peut blesser notre interlocuteur, même si ce n’était pas le but que nous avions. Dès lors, et dans la mesure du possible, il est primordial dans un premier temps de reconnaître notre propre violence. Si nous la nions, nous ne pourrons agir dessus, elle ne manquera pas de s’amplifier. Si nous la reconnaissons, nous pouvons alors agir : soit en la prévenant, soit en la gérant. Au lieu de nier la violence (présente partout dans le monde, à toutes les échelles, c’est-à-dire des relations interpersonnelles aux relations internationales), nous allons pouvoir entamer un travail de prévention des conflits, de gestion des conflits.

L’écoute de l’autre est également très importante. Dans les relations humaines, les jugements hâtifs sont souvent dus à une méconnaissance. L’écoute de l’autre va permettre une meilleure compréhension de l’autre, du pourquoi il agit de telle façon. Ce qui va engendrer la plupart du temps une diminution des tensions éventuelles. Mieux se connaître pour mieux se comprendre… Même si nous ne sommes pas obligés d’être d’accord avec l’autre, nous respecterons ses opinions, donc nous le respecterons.

Conclusion

De l’ignorance découlent beaucoup de préjugés, de la méconnaissance de l’autre découle le rejet. La connaissance est un remède efficace. L’éducation est donc très importante. Les échanges et les rencontres également.

Bien des jeunes ne demandent qu’à apprendre ! Ils ont bien souvent un potentiel de tolérance plus élevé que les adultes. Si nous leur donnons des clés de lecture de la vie en société, de la connaissance et donc de la compréhension du monde pluriel dans lesquel nous vivons, ils pourront mieux comprendre, et ensuite agir en connaissance de cause, pour la paix également.

BePax, association d’éducation pemanente à la paix, à la non-violence et à la réconciliation, souhaiterait que l’école ouvre davantage ses portes et ses cours à cette discipline. Dans la mesure du possible, l’école et nos autorités devraient également favoriser au maximum les échanges interculturels entre jeunes.

Ces jeunes d’aujourd’hui qui seront les adultes de demain !…

 

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