Supervision collective : Pourquoi BePax s’engouffre dans la vague ?

Rédigé le 27 juin 2011 par: Groupe de Supervision

En réfléchissant au mot « supervision », vous imaginez peut-être de manière caricaturale un psychologue, ou un psychiatre en train de s’allonger sur le divan face à un de ses pairs. Si c’est le cas, vous n’êtes pas trop éloigné du concept tel que nous l’avons accueilli au sein de BePax Wallonie Bruxelles.

En effet, depuis de nombreuses années, BePax Wallonie Bruxelles inscrit son travail dans le suivi de différents groupes de travail, de réflexion, d’échanges. Pour illustrer la variété de ces groupes, voici la liste des groupes actifs actuellement : les commissions « Europe, cultures et élargissement », «  Géopolitique de la paix » et « Diasporas d’Afrique Centrale », le groupe local de Charleroi et des groupes plus opérationnels (comité de rédaction). D’autres groupes voient également progressivement le jour : le « groupe livres » et le « groupe jeunes ».

Au sein de ces différents groupes, nous voyons notre rôle comme celui d’ « accompagnateur » dans les démarches spécifiques proposées. C'est-à-dire, que nous fournissons le cadre, certains outils et essayons de faciliter les partenariats ou collaborations entre les participants et les différents acteurs susceptibles de construire des projets ensemble.

En tant que facilitateurs, partenaires, aidants dans ce processus d’éducation permanente, il nous arrive également de devenir des écoutants, des réceptacles d’expériences, de souffrances, de déceptions personnelles ou simplement de vivre les difficultés liées à la mise en place d’un cadre relationnel respectueux et dans lequel chaque membre trouve sa place.

Il n’est pas nécessaire ici de vous faire un topo sur les complexités du « vivre ensemble », il suffit d’ouvrir le journal ou de faire appel à votre propre vécu pour prendre pleinement conscience que les relations humaines sont effectivement riches mais rarement simples. BePax Wallonie Bruxelles ayant, en plus, décidé d’aborder les thématiques du multiculturel et des conflits il n’est pas difficile d’imaginer que parfois le partage peut-être lourd, voire pesant tant pour celui qui en témoigne que pour ses interlocuteurs.

A partir de ce constat, vous apercevez sans doute les liens qui peuvent rapprocher notre travail de celui qui est effectué par les professionnels de l’aide (psychologues, assistants sociaux, etc.). Comme eux, nous disposons d’outils mais parfois il arrive qu’ils se révèlent inopportuns et que nous nous sentions démunis ou impuissants face à certaines problématiques. Dès lors, comment faire pour dépasser cet état de fait et ne pas nous noyer dans un sentiment d’inertie ? Cette réflexion a été renforcée lorsque certains de nos partenaires nous ont avoué être régulièrement confrontés à des interrogations similaires.

Par ailleurs, dans l’optique de congruence qui est la sienne, toute l’équipe de BePax a participé à un stage de formation en communication non-violente (CNV[1]) au mois de mai 2010 et a ainsi été initié à des méthodes de dialogue et de communication pacifiées et pacifiantes. Cet outil particulièrement efficace dans les relations avec autrui, notamment dans les situations de tension, nous paraissait être une excellente porte d’entrée pour aborder les difficultés auxquelles nous devons parfois faire face dans nos groupes.

Avec l’aide de Guy DE BEUSSCHER[2], nous avons donc décidé de combiner ces deux constats pour entamer ensemble un travail de supervision dite « collective » s’adressant tant à des membres de l’équipe de BePax qu’à des partenaires proches et désireux de participer à ce projet.

Mais qu’est-ce que la supervision collective ? L’APEF[3], ayant mené un travail d’étude de longue haleine sur cette pratique dans le secteur non marchand, a adopté la définition suivante : « La supervision collective est un processus qui réunit un groupe de participants et un intervenant extérieur à celui-ci, part de situations concrètes amenées par les participants et fait appel à l’intelligence collective, a pour objectif de faciliter la prise de conscience, l’expression et l’émergence de pistes d’amélioration et d’innovation, sur le plan des exigences du travail et/ou du service rendu, a un effet formatif, inscrit dans une préoccupation générale de formation continue et d’éducation permanente ». 

Si on relève différents types de supervision, il apparaît qu’il s’agit avant tout d’une démarche souple qui doit pouvoir s’adapter aux spécificités des participants, des projets, de l’institution, etc. Le superviseur collectif est, de préférence, un professionnel capable de proposer une palette diversifiée d’approches et d’analyses. C’est lui qui va prendre en charge le processus et la demande spécifique faite par l’association ou l’équipe commanditaire. Les participants sont dans notre contexte des employés effectuant le même métier au sein d’organismes différents mais il pourrait s’agir d’autres cas de figure. Dans cet exemple particulier on parle également d’ « Intervision ».

Le superviseur est responsables de diverses missions, tant vis-à-vis de sa qualité de « superviseur » (devoir de construire le projet, d’amorcer, de conduire et d’évaluer le processus de supervision, développer ses capacités et coopérer avec d’autres pairs) que par rapport à la commande qui lui a été faite.

Avant toute chose, il faudra poser ensemble une série de repères déontologiques, par exemple : la règle de respect et de confidentialité, l’obligation de légitimité dans le chef du superviseur qui définit le cadre et les règles de fonctionnement dans lequel le processus de supervision va évoluer, le devoir d’implication des participants, etc. 

BePax Wallonie Bruxelles forte de toutes ces réflexions, ces définitions et avec l’aide de Guy DE BEUSSCHER, en position de superviseur, a donc lancé sa première réunion de supervision le 24 février 2011. Le groupe est composé actuellement de 5 membres et entend sans doute s’ouvrir à d’autres participants si de nouvelles demandes s’effectuaient dans le même esprit.

L’évaluation à ce jour est plus que positive, les participants témoignant d’une implication suivie et régulière. Le processus sera évalué une première fois après trois réunions et sera réajusté et suivi dans la mesure des accords conclus entre le superviseur, les participants et le commanditaire.

Des espaces de parole et de formation continuée de ce type fleurissent de plus en plus dans le secteur non marchand. S’ils prennent appui sur la pratique classique de supervision dite « clinique », la supervision « collective » revêt progressivement des caractéristiques adaptées aux différents secteurs d’activités.

Il est heureux de voir que cette démarche est encouragée et encadrée par les pouvoirs de tutelle et qu’elle peut-être parfois également soutenue financièrement[4].

Car, en effet, ce qui se joue dans ce processus est primordial pour les personnes appelées à soutenir ou à en écouter d’autres. La supervision permet un nouveau regard par la distance que donne le fait d'exposer une difficulté avec un certain recul et avec l'aide des autres. Une compréhension à la fois plus globale et plus précise est ainsi facilitée et va contribuer à renforcer les participants dans leur envie de donner sens à leurs pratiques professionnelles.
A partir de cette nouvelle vision et avec l’application de certains outils (comme la communication non violente) des solutions se découvrent voire à tout le moins des ouvertures se créent allant vers des piste d'acceptation ou d'intervention à explorer.

Le professionnel repart avec de nouvelles potentialités, de nouvelles manières d'être dans son accompagnement et en tant que personne humaine.

C’est là que le terme supervision prend alors tout son sens en se rapprochant des mots qui le composent : vision : vue, regard, voir ... et super : au-dessus, au-delà ..., insistant sur la recherche d'un regard différent, capable de voir au-delà de la situation extérieure immédiate, afin de progresser vers une vision plus précise, plus profonde et à la fois plus globale, plus créatrice et surtout plus sereine.

La supervision peut ainsi répondre adéquatement aux sentiments d’impuissance, d’inertie et d’être démuni face à des situations difficiles. Elle part du principe que toute personne accompagnant d’autres personnes dans des démarches personnelles ou collectives doit à son tour pouvoir bénéficier d’un accompagnement et elle prend appui sur la notion même d’ Education dite « permanente », continuée.


[1] « La communication non-violente (CNV) est selon son auteur, Marshall B. Rosenberg, « le langage et les interactions qui renforcent notre aptitude à donner avec bienveillance et à inspirer aux autres le désir d'en faire autant ». L'empathie est au cœur de ce processus de communication initié dans les années 1970, point commun avec l'approche centrée sur la personne du psychologue Carl Rogers dont Marshall B. Rosenberg fut un des élèves. Le terme non-violent est une référence au mouvement de Gandhi et signifie ici le fait de communiquer avec l'autre sans lui nuire. Marshall Rosenberg s'appuie également sur les travaux de l'économiste chilien Manfred Max-Neef, qui a analysé les besoins humains. ». cfr http://fr.wikipedia.org/wiki/Communication_non-violente_%28Rosenberg%29
[2] Formateur certifié et Président de l’association pour la Communication NonViolente de Belgique Francophone, (ACNV-BF).
[3] L’APEF est l’Association Paritaire pour l'Emploi et la Formation. Elle regroupe les organisations d'employeurs et de travailleurs siégeant dans les fonds de sécurité d'existence (16) du secteur non marchand francophone et germanophone, afin de coordonner et d'amplifier leurs actions, notamment dans le domaine de la formation et/ou de la création d'emplois.
[4] Notamment par les Fonds paritaires gérés par les organisations d’employeur et de travailleur tels que le Fonds social socioculturel et sportif, le fonds social aux aides familiales, etc. Pour plus d’infos, consultez le site internet de l’APEF rubrique : http://www.apefasbl.org/actions-et-projets-specifiques-de-l-apef/supervision/depliant-supervision

 

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