"War starts here", les guerres commencent ici

Rédigé le 9 août 2011 par: Thierry de Lannoy

Les guerres commencent ici, nous n’en sommes généralement pas conscients, mais nous sommes directement impliqués dans le « bon déroulement » de beaucoup de guerres. Alors que les bombes explosent dans de nombreux pays, chez nous les affaires tournent. Nos entreprises profitent de ces violences pour augmenter leurs profits et leurs activités perpétuent des guerres.

Nos entreprises d’armes et de haute technologie, s’enrichissent en vendant du matériel militaire aux parties combattantes, nous avons une production d’armements fleurissante, avec une clientèle mondiale. Arrêter ce trafic est une condition indispensable pour percevoir de nouvelles perspectives, pour ne plus recourir à la violence en vue de résoudre les conflits.  En arrêtant ces flux commerciaux nous pouvons influencer un véritable processus de paix et permettre aux belligérants de trouver une solution équitable à leurs conflit sans recourir aux armes. 

Le canon tonne, l’industrie chantonne... 

Imaginons une montre qui serait réglée sur les dernières données du Sipri[1], relatives à la dépense militaire. «… On peut voir la dépense mondiale sur le cadran : on dépense dans le monde à des fins militaires plus de 3 millions de dollars par minute, 186 millions par heure, 4,5 milliards par jour. Ce qui équivaut à 1.630 milliards de dollars en une année. Calculée nette d’inflation, la dépense militaire mondiale en 2010 dépasse de 50% celle de 2001. Dans le classement des pays qui dépensent le plus, les Etats-Unis se trouvent nettement au premier rang avec environ 700 milliards de dollars annuels, équivalant à 43% de la dépense mondiale. Suivent la Chine, la Grande-Bretagne, la France, la Russie, le Japon, l’Arabie Saoudite, l’Allemagne, l’Inde et l’Italie. Ces dix pays totalisent les trois quarts de la dépense  militaire globale des 171 pays recensés par le Sipri…[2]». Et sur les dix pays les plus dispendieux, cinq sont membre de l’Union européenne ? Et si nous observons des pays membre de l’Otan, « nos  alliés » dépensaient 1876 millions d’Euros en 2007. La Belgique, elle consacre 1,1 % de son budget à l’armée soit 2,727 milliards[3] … en plus, je vous rappel que notre armée se bat sur deux front, celui de l’Est, en Afghanistan et celui du Sud, en Libye. Tous cela nous interpelle.

« War Starts Here » est un constat regrettable. Notre complicité économique aux conflits armés est aussi pour nos pays, une source de pouvoir et de richesse. Ce qui, paradoxalement, nous donne aussi de l’espoir car nous pouvons agir directement chez nous et en Europe pour arrêter des guerres.

La stratégie anti-guerre ne sera vraiment efficace si elle est menée dans le cadre européen, mais il est indispensable de balayer devant sa porte et donc de parler de la Belgique.

Le secteur de l’armement n’existe pas, comme-t-elle, dans nos statistiques nationales…, si la Wallonie reste très dépendante d’une activité traditionnelle dans le secteur des armes légères et des munitions, la Flandre est plus spécialisé dans le domaine de l’électronique militaire. 

Malgré la perte de 80% [4]de ses emplois ces vingt dernière années,[5] le secteur de l’armement reste un secteur important de la vie économique et génère un chiffre d’affaires avoisinant les 900 millions d’euros et est fort d’un emploi cumulé estimé à près de 12000 postes de travail dont 6 à 7000 emplois directs [6]selon le BDSI - Belgiam Defence and Security Industry Group de Agoria.

Selon l’étude du Grip, déjà cité, il estime que l’emploi direct généré par la production d’armement en Belgique à environ 4500 unités pour un chiffre d’affaire global d’environ 900 millions d’euros. Leurs répartition s’établi de la manière suivante : Région wallonne – 2869 emplois et 57% du chiffre d’affaire, Région flamande – 957 emplois et 24 % du chiffre d’affaire et enfin la Région Bruxelloise – 732 emplois et 19 % du chiffre d’affaires.[7]

La répartition régionale suivant les quatre grands pôles d’activités ce répartit comme suis : le pôle «  Aéronautique, électronique et spatial » est réparti de façon équilibrée entre les régions, le pôle « Mécanique, véhicules et naval » davantage présent en Wallonie avec 10 entreprises pour 6 en Flandre, le pôle «  Armes, munitions et explosifs » est uniquement présent en Wallonie et enfin pour le pôle «  Textiles et équipements divers » deux entreprise ont été identifié en Flandre.[8]

Une autre caractéristique des entreprises d’armements en Belgique c’est que les centres de décisions sont à l’étranger, essentiellement en France et dans de moindre mesure aux Pays-Bas, au Royaume unis, aux Etats-Unis, voir Israël. Cela est du à leurs actionnariats. Celui-ci c’est fort diversifier dès les années soixante car les fortes dépense militaire de la Belgique en intéressait plus d’un. Dans les années quatre vingt, il y a eu une deuxième vagues de nouvel actionnaires quand la Société Générale de Belgique a vendu ses entreprises d’armement et enfin dans les années nonante, suite au processus de fusion, d’acquisition ou de recentrage en cours dans les grands groupes mondiaux de l’armement. Les grands groupes européens EADS, Thales, Safran ou Dassault contrôlent aujourd’hui, de manière direct ou indirecte, la plus grande partie des industries du secteur belge de l’aéronautique ou de l’électronique. Il est a noté qu’un nombre croissant d’entreprise belge du secteur de l’armement sont également passées sous contrôle d’actionnaires non européens, ce qui réduiraient leur capacités de participer aux programmes communs de l’Agence européenne de défense et par conséquence, compromet sérieusement l’autonomie stratégique de la défense et de la sécurité de l’Union européenne.[9] Le secteur est plus intéressé par son rendement financier que par l’utilité et la finalité leur production et fait fi des conséquences politique.

« War Starts Here »  Nous avons aussi d’autres armes pour intervenir sur le champ de bataille. Nous sommes aussi impliquée dans des guerres de manière indirecte comme l’entreprise Caterpillar, qui est leader mondial dans les excavatrices et bulldozers pour les travaux miniers et de construction. « Caterpillar- Belgique » est sa deuxième plus grosse filiale et occupe près de 4700 personnes. Caterpillar livre du matériel à l’armée israélienne, ces machines sont utilisées entre autre pour la démolition de maisons palestiniennes dans les territoires occupés. L’armée israélienne a utilisé des bulldozers D9, blindés et télécommandés –Front Runner- conçu spécialement pour la guerre en zone urbaine, pendant les attaques sur Gaza fin 2008. C’est l’entreprise ITE de Zoko, qui représente Caterpillar en Israël, qui a adaptés les bulldozers.

Un autre exemple, la banque DEXIA finance des colonies illégales. « Otzar Hashilton Hamekomi » est le nom d’une banque d’épargne fondée en 1953 pour financer les colonies israéliennes. C’est une banque contrôlée par les pouvoirs publics. A sa privatisation, en 2001, Dexia SA a obtenu d’abord 40% de son capital et puis deux ans plus tard, 60%. Cette banque s’appelle maintenant « Dexia Israël Crédit Local ». Entre 2005 et 2007, Dexia fournissait des crédits à 10 colonies illégales pour une valeur d’environ 5 millions d’euros. Entre juin 2008 et décembre 2009, Dexia Israël était responsable de 18 prêts à des colonies illégales à hauteur de 17,7 millions d’euros. L’argent est toujours le nerf de la guerre, et les conséquences inhumaines vécues dans les territoires occupés ne font pas le poids par rapport aux dividendes perçu par la banque Dexia.[10] 

« War Starts Here »  C’est moins le bruit des bottes qu’il nous faut craindre aujourd’hui que le silence des pantoufles. Ce silence, de la majorité silencieuse, a pour conséquence d’imposé la loi du plus fort comme étant une évidence. N’oublions pas que l’usage politique de la guerre pour résoudre un conflit est inopérant, car nous utilisons la guerre, non pour trouver une solution mais bien pour imposer sa solution. Ce silence est le principal complice, de fait de guerres, de massacres et de génocide. Heureusement nous pouvons encore et toujours agir.

 

 


[1] SIPRI _ Stockholm International Peace Research Institute

[2] Manlio Dinucci - http://www.mondialisation.ca/index.php?context=va&aid=24813

[3] http://archives.lesoir.be/la-belgique-derniere-de-l-8217-otan_t-20110504-01DMWR.html

[4] Les pertes d’emplois sont du : 1, aux regroupement, à la fin des années 80, de l’ industrie d’armement Européenne en vue d’une                   hypothétique armée européenne; 2, arrivé des nouvelles technologies numérique; 3, la fin de l’affrontement Est-Ouest

[5] Emplois estimer à plus ou moins trente milles personnes il y a vingt ans.

[6] Voir « Rapports du Grip : Radiographie de l’industrie d’armements en Belgique par Clément Dumas et Luc Manpaye .2007/4 - 44 p.

[7] Rapport du Grip, déjà cité, page 12

[8] Rapport du Grip, déjà cité, page 22

[9] Rapport du Grip, déjà cité, page 14

[10] Dossier « War Starts Here » publier par Actions pour la paix – www.actionpourlapaix.be

 

 

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